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1 juillet 2016

Essai MV Agusta Brutale 800 2016

Essai MV Agusta Brutale 800 2016

Le trois qui pique !

Alors qu’elle change de fond en comble et arrive en France en version Full Power (libérée, délivréééééeee !!), voici venir l’essai de l’un des modèle trois cylindres les plus marquant de cette génération : la Brutale 800. Alors, même dans la tourmente et avec un passage à Euro4, cette MV est-elle à la hauteur de sa légende ?

L’essai de la Rivale 2015, véritable paradoxe roulant dérivé de la Brutale 800, m’avait révélé la nature profonde et irrationnelle de ce modèle, impressionné par sa motorisation et par ses qualités dynamiques, mais aussi déçu par son autonomie restrictive et quelques « détails » de finition. De quoi donner envie, en tout cas, de découvrir la Brutale 800, dite B3, par opposition à la Brutale quatre-cylindres de cylindrée supérieure (B4). Théoriquement mieux posée au sol, cette dernière corrigeait les points « négatifs ». Le tableau a de quoi séduire ! Tout comme la perspective de gagner aussi bien en sensations qu’en rayon d’action…

Si simple…

Douce balade ? C'est à peu près possible vu la facilité d'exploitation de la MV. Mais il ne faut pas se tromper, la Brutale reste un engin bestial.

Douce balade ? C’est à peu près possible vu la facilité d’exploitation de la MV. Mais il ne faut pas se tromper, la Brutale reste un engin bestial.

Un feulement doux résonne dans mon casque. Trois cylindres en train de prendre l’air au son d’une admission que l’on libérerait volontiers sont déjà un régal, mais lorsque les virages s’enchaînent avec une fluidité déconcertante, cela vire au plaisir solitaire, de ceux qu’on aurait du mal à avouer…aux forces de l’ordre lorsqu’elles s’en font témoin. Le rythme est impressionnant et pourtant j’ai l’esprit libre… Serein. La route connectée à la partie cycle par les Pirelli Diablo Rosso III, comme scotché au bitume, je savoure l’instant. La poussée se renforce à chaque millimètre de rotation de poignée, le mode moteur Sport officie avec brio tandis que l’antipatinage désactivé n’empêche plus la roue avant de se lever sur les premiers rapports. Je me sens aussi vivant que la moto, et c’est peu dire… Bienvenue en ma compagnie sur la Brutale 800 nouvelle génération. Enfin si vous parvenez à rester derrière.

D’une part, je ne lâche pas le guidon, d’autre part, l’assise passager est intenable, même si l’on dispose – oh, délicate attention – d’une super poignée. A la première bosse, retour à la réalité : ça tabasse un peu, une Brutale ! Je rembobine ce film résolument classé X, et je vous raconte tout… depuis le début. Important le scénario, non ?

Si bien équipée…

La Brutale reste identifiable, mais change tout de même profondément pour 2016. Tout est plus racé, plus fin, plus aérien...

La Brutale reste identifiable, mais change tout de même profondément pour 2016. Tout est plus racé, plus fin, plus aérien…

Fin 2015, MV Agusta sortait un nouveau modèle de Brutale B3, un modèle bien différent du précédent. Avec un réservoir de 16,5 litres contre 16,6 auparavant, et 116 chevaux contre 125 précédemment, la B3 revoit intégralement sa copie, et surtout sa motorisation. Son couple de 8,46 mkg, nettement revu à la hausse, change les caractéristiques et le comportement de la moto, tout comme les évolutions de la partie cycle. Les 8 kilos supplémentaires (175 kg contre 167 kg), ne sont pour autant pas à blâmer. Ils lui permettent simplement de passer la norme Euro4 tout en conservant l’électronique de pointe adoptée par sa devancière, à savoir ABS et antipatinage réglable, sans oublier shifter « up and down » (comprenez par là la possibilité de passer les rapports gaz en grand et sans débrayer et de les rentrer à la volée, là aussi sans toucher au levier).

Un équipement que l’on retrouve rarement de série dans la production actuelle, et uniquement sur des sportives de haut niveau…

Si originale…

Instrumentation complète, mais pas forcément des plus limpides... Vitesse et rapport engagés sont toutefois parfaitement lisibles !

Instrumentation complète, mais pas forcément des plus limpides… Vitesse et rapport engagés sont toutefois parfaitement lisibles !

Ce qui marque le plus concernant cette mutation de la Brutale reste son nouveau look. Rompant définitivement celui de la lignée débutée il y a 15 ans, il confirme une mutation initiée avec la B3 de première génération, et s’adapte à la nouvelle architecture de la moto. La curieuse boucle arrière, en aluminium moulé, supporte la selle et la suspend au dessus du moteur, donnant l’impression au choix de laisser passer l’air ou encore de pouvoir transporter une baguette sans la couper en deux. Par contre, niveau confort, il va falloir progresser : chez MV Agusta, on fait des moteurs et des parties cycles de génie, mais c’est à croire que l’on conduit debout ! Vous aurez donc saisi le principal écueil de cette Brutale 2016. Imaginez que la maigre épaisseur de mousse – assez accueillante pourtant dans sa partie arrière -, soit posée sur une cuvette rigide dont les flancs incommodent (doux euphémisme) l’intérieur des cuisses au point de devenir sensible en quelques heures.

Pensez ensuite à la dernière fois où vous êtes resté assis plus de 10 minutes sur un tabouret bouillant. Vous aurez une bonne idée du « confort » de la Brutale. Pour le reste, ça respire le sport et la passion, et cela requiert du coup quelques petites concessions.

Si chaude…

Côté finition, MV progresse. Les fils et câbles se baladent moins ! En revanche, les radiateurs sont terriblement exposés...

Côté finition, MV progresse. Les fils et câbles se baladent moins ! En revanche, les radiateurs sont terriblement exposés…

La première ? Composer avec un rayon de braquage conséquent imposant anticipation et manœuvres en circulation dense, sans parler du demi tour… Une certaine méfiance intervient cependant au niveau du guidon, suffisamment large pour rencontrer de manière fortuite les rétroviseurs des voitures. Pour autant, on ne demande pas à la Brutale d’être une GT, mais d’offrir des sensations, des sensations et…des sensations. De celles que l’on ne ressent que sur un modèle d’exception. La deuxième ? Oublier le maniement de l’instrumentation digitale depuis le guidon, un dispositif aussi discret qu’il peut être incommode. Dommage qu’elle serve aussi pour le réglage des niveaux d’assistance, lesquels sont accessibles en roulant… La troisième ? Les rétroviseurs sont sympas de forme, mais vibrent plus que de raison pour garder les images claires.

Conclusion ? La Brutale est faite pour rouler, rouler et rouler. En cas d’arrêt, la température monte, au sens propre. Et quand on roule, elle monte aussi, mais autrement cette fois ! Mais où en étais-je déjà ? Ah, oui, à l’attaque sur une petite route. Chaud !

Si facile…

Délicate attention pour un roadster sportif avec ces poignées parfaitement placées... Si seulement la selle n'était pas aussi...brutale !

Délicate attention pour un roadster sportif avec ces poignées parfaitement placées… Si seulement la selle n’était pas aussi…brutale !

Notamment sur les bosses ! L’amortissement est à la mesure de la moto et taillé pour lui offrir un cap imparable : la fermeté arrive très tôt, tandis qu’il est capable d’encaisser les chocs, mais aussi de les transmettre. La précision est donc au rendez-vous, tout comme le retour d’informations. Le petit gabarit de la B3 la rend particulièrement maniable, mais également sensible , tandis que son moteur toujours disponible fait d’elle une moto des plus agréable à la relance, pour peu que l’on ne lui demande pas d’afficher de pic de caractère. L’accélération est d’une constance aussi redoutable qu’elle peut être constamment servie par un couple impressionnant et rapidement relayé par une puissance plus que suffisante pour vous tirer un sourire à la moindre accélération. Une prévenance que l’on retrouve dans les moindres réactions, y compris celles de la coupure de l’antipatinage, laquelle se montre douce et progressive.

De quoi reposer en douceur en cas d’envolée de roue avant, un phénomène récurrent sur la Brutale 2016. Pour autant, la Brutale n’est pas qu’une machine à wheelings prête à vous remuer les tripes, elle est avant tout une excellente moto particulièrement exploitable au vu de ses performances. D’autant plus que la consommation mesurée est restée contenue et que les 16,5 litres du réservoir permettent de parcourir près de 280 km si l’on exploite au mieux les capacités du moteur.

Si radicale…

Partie-cycle au petits oignons et efficacité sont au rendez-vous. L'Italienne a de qui tenir, et prouve que ses gènes ne sont pas usurpés.

Partie-cycle au petits oignons et efficacité sont au rendez-vous. L’Italienne a de qui tenir, et prouve que ses gènes ne sont pas usurpés.

S’il vous prenait l’envie de freiner de la manière la plus efficace et la plus agréable possible, en fonction du niveau de frein occasionné par le mode moteur, n’hésitez pas une seule seconde. La centrale ABS Bosch 9M+ implémentée offre un freinage à sa mesure : léger et hyper-performant. Surtout une fois couplé à un étrier de frein et un maître cylindre Brembo de type radial. En résulte une expérience de haut vol : l’ABS ne se déclenche qu’en cas d’extrême urgence, laissant même la roue arrière décoller du sol si on le souhaite. Quant à l’arrière, il m’est apparu sans aucune critique, à la fois puissant et aisé à contrôler à la pédale, avec un excellent retour. Cet ensemble offre une prestation haut de gamme. A propos des modes moteur, MV Agusta laisse une grande liberté à ses clients, tandis que chacun des 3 comportements pré-configurés (Rain, Normal et Sport dans l’ordre de performance croissant), s’affine au niveau du réglage de l’antipatinage (8 niveaux).

Par contre, les seuils de réaction à l’accélérateur, le régime moteur du rupteur et le niveau de frein moteur ne sont entièrement paramétrables que sur le mode Custom, le quatrième disponible depuis le commutateur droit. De quoi combiner tous ces paramètres et trouver les réglages parfaits pour mettre littéralement parlant cette Brutale à votre main. Difficile de proposer mieux.

Si bien pensée…

La roue avant a souvent des velléités de prise d'altitude. Brutal ? Non, facile !

La roue avant a souvent des velléités de prise d’altitude. Brutal ? Non, facile !

Alors qu’on l’imagine peu à sa place en ville, la conduite en agglomération m’est apparue tout à fait satisfaisante et agréable, surtout avec son élasticité moteur et son shifter des plus tolérant aux bas et mi-régimes. La santé des rapports intermédiaires, suffisamment courts pour conserver souplesse et agrément, permettent d’enrouler avec plaisir et de relancer à tout instant. Reste, comme je vous le disais tout à l’heure, à vous arrêter le moins possible, faute de quoi vous comprendrez rapidement pourquoi on dit d’un moteur thermique qu’il est à combustion… Sur circuit, vous serez également surpris de constater qu’elle tire court, très court (mieux pour lever la roue avant !), et que son sixième rapport ne vous emmènera pas au delà de 220 km/h. Surprenant, mais vu ce qu’il offre bien avant, on ne lui en tiendra pas rigueur.

Et si nombre des curieux croisés ont été déçus par la sonorité moteur de la B3, « trop discrète » lorsque l’on ne la cravache pas, sachez que pour quelques billets de plus, vous la libérerez sans problème…

Bilan

Avec des si… Avec des si, on refait une MV. Pas parfaite, loin s’en faut, la Brutale B3 2016 justifie une bonne partie de ce qu’il faudra sortir pour l’acquérir : 12 590 €. Sa dotation en équipement des plus riches et la qualité de ses périphériques, ses qualités une fois en mouvement la rendent addictive, tandis que le reste de son tarif est apporté par le prestige de rouler sur une moto rare d’une marque de légende. Enfin, les sensations à son guidon n’ont pour l’instant aucun équivalent, et si son moteur 3-cylindres n’est pas des plus marqués niveau caractère, il est de loin le plus efficace et fort en sensations. Alors peut-être avez vous entendu dire que MV Agusta n’était pas au mieux de sa forme, mais une fois que vous aurez essayé l’un de ses modèles, vous comprendrez que ce doit être tout l’inverse pour ses modèles, à l’image de la B3.

FICHE EXPRESS

NOTES (dans la catégorie)

Finition : 8/10
Équipements : 9/10
Confort : 6/10
Protection : 6/10
Moteur : 10/10
Partie-cycle : 8/10
Budget : 6/10

NOTE GLOBALE

7,6/10

ON AIME : ON N’AIME PAS :
+ L’identité à part dans la production – L’inconfort du support de selle
+ Le moteur ultra expressif – La chaleur dégagée par le moteur (en ville)
+ La souplesse d’utilisation malgré les apparences – Le commodo gauche, pas pratique
+ La qualité de l’amortissement
+ La dotation d’origine
Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontaineL'électronique est omniprésente, avec notamment un shifter efficace tant à la montée des rapports qu'à leur descente. Photo : Benoît LafontaineL'électronique est omniprésente, avec notamment un shifter efficace tant à la montée des rapports qu'à leur descente. Photo : Benoît LafontaineL'espace dégagé sous la selle donne un côté très aérien à la Brutale 800 ! Photo : Benoît LafontaineLes côtés de la selle et le raccord avec le réservoir sont très agressifs pour les cuisses. Pas top... Photo : Benoît LafontaineLes côtés de la selle et le raccord avec le réservoir sont très agressifs pour les cuisses. Pas top... Photo : Benoît LafontaineL'étroitesse de la selle est un gage de positionnement aisé en conduite sportive (déhanché). Photo : Benoît LafontaineLes poignées passager sont judicieusement disposées. Super ! Mais la selle, elle, n'invite pas spécialement aux longs trajets. Photo : Benoît LafontaineLes poignées passager sont judicieusement disposées. Super ! Mais la selle, elle, n'invite pas spécialement aux longs trajets. Photo : Benoît LafontaineSous la selle, la trousse à outils ! Ça ne tombe pas en panne une MV Agusta ? Photo : Benoît LafontaineLe feu à diodes est nouveau. Son dessin fait un peu penser à celui des nouvelles BMW R 1200 R et RS. Photo : Benoît LafontaineL'amortisseur Sachs réglable dispense un confort tout à fait correct, et une tenue de route sans reproche. Photo : Benoît LafontaineL'amortisseur Sachs réglable dispense un confort tout à fait correct, et une tenue de route sans reproche. Photo : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontaineLe dessin des jantes évolue pour 2016, l'arrière étant toujours subtilement mise en valeur par les trois échappements. Photo : Benoît Lafontaine

Par Benoît Lafontaine, photos Ben Laf’ et Simon Palatchi.

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