Face à face

18 septembre 2015

Face à face : BMW R NineT VS Yamaha XJR 1300

Face à face : BMW R NineT VS Yamaha XJR 1300

Les fruits de la passion

Elles n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est le fait d’être deux roadsters gros cube au style très à la mode. Inspirées de motos personnalisées, l’une joue sur la sobriété extrême et les belles pièces et la seconde se réinvente à la mode des années 70/80. Qui sont-elles ? La BMW R NineT et la Yamaha XJR 1300 ! Nous les avons emmenées en balade musclée. Voici un duel de gros bras.

Depuis son lifting, la XJR s'offre une nouvelle ligne à même de détourner le regard de la R NineT ! Qui copie qui ?

Depuis son lifting, la XJR s’offre une nouvelle ligne à même de détourner le regard de la R NineT ! Qui copie qui ?

Ce n’est peut être pas le combat de boxe du siècle – il a déjà eu lieu -, mais c’est au moins celui de cette année 2015 en matière de poids lourds de leur catégorie. Toutes en muscle, acérées et racées, elles sont prête pour le choc des générations ! A ma gauche, la japonaise, 240 kg pour 98 chevaux, 20 ans de carrière et de nombreuses victoires à son actif : j’ai nommé la Yamaha XJR 1300. A ma droite, sa challenger allemande, victorieuse des charts de vente cette année (dans sa catégorie, toujours…). 220 kilos et tout juste un an de carrière et 110 chevaux, véritable machine à gagner. Ces deux bêtes de concours ont du punch à revendre, et un style très différent. Chacune dispose de sérieux arguments et le match sera très disputé. Les paris sont lancés. Évidemment, sur le papier et une fois en selle, tout les oppose. Le ring du jour ? Les petites routes du Loir et Cher et des Alpes Mancelles. On y prend la mesure de ces « monstres » et l’on comprend mieux pourquoi elles se retrouvent en ce comparatif.

Commençons par détailler la dernière arrivée. La R NineT ne laisse rien au hasard. Elle est l’ultime moto du constructeur à bénéficier de l’ancien bloc Boxer à refroidissement par air. Ce dernier se prête plus volontiers à une interprétation « vieille école » de la moto. La ligne s’en retrouve particulièrement épurée, limite minimaliste surtout avec l’assise monoplace pouvant être choisie au lieu de la biplace. La R NineT se montre par contre très accessible pour les petites jambes, du fait de l’étroitesse de la partie avant de la selle. La XJR est un peu plus encombrante entre les jambes, mais son réservoir reste étroit, facilitant le poser des pieds au sol.

Rétro-néo ou néo-rétro ?

A la fois fine (partie arrière, selle) et large (moteur qui déborde de partout, courbes girondes), la BMW R NineT est un succès...

A la fois fine (partie arrière, selle) et large (moteur qui déborde de partout, courbes girondes), la BMW R NineT est un succès…

Musculeuse, la Nine T évoque la Moto-Guzzi Griso 1200. De par son orientation stylistique et son aspect bas, trapu et allongé, mais aussi par la position latérale de son bicylindre, elle rejoint l’italienne au rang des motos pures, des street racers sans grandes concessions. La position de conduite s’en ressent.

Moins naturelle que sur les routières, moins sportive que sur les roadsters, elle bénéficie d’une assise à 785 mm et d’un guidon assez plat pour ménager le haut du corps, tandis que les jambes sont plus repliées. On « tend » naturellement les bras, les écarte, et le buste suit le mouvement. La XJR se montre bien plus naturelle, avec son ample selle, son guidon standard et suffisamment relevé ou encore la position idéale de ses jambes.

La Yamaha se révèle bien plus indiquée pour les longs trajets, et son confort supérieur. Quant aux passagers, ils devront composer avec des assises esthétiques, mais de forme moins avenante.

...qui a fait des envieux ! Ainsi la XJR affirme sa ligne, s'affûte et devient limite snob. Mais quelle classe !

…qui a fait des envieux ! Ainsi la XJR affirme sa ligne, s’affûte et devient limite snob. Mais quelle classe !

Bien moins ostentatoire, la XJR 1300, noire profond, est superbe lors de notre shooting photo bord de Loire… Nous l’avons retrouvée à la concession Jean Marc Deletang de Tours, avant de la ramener à Blois pour son face à face. Immédiatement, elle marque la différence sur le plan dynamique, tandis que l’esthétique joue sur les matières, les formes et les traitements. Plus surprenante, plus « mécanique », plus sportive dans l’âme, la japonaise puise son look actuel dans sa propre histoire et dans le style café racer qu’elle a déjà exploré au travers de nombreuses préparations. Le réservoir de 14,5 litres « seulement » contre 18 sur la BMW, court, anguleux, évoque naturellement celui de la XJR 1200. Une originalité cependant : son bouchon est en position excentrée. C’est d’ailleurs la seule excentricité de ce modèle.

Luxe ou confort ?

Deux trains avant et deux philosophies différentes : fourche inversée, étriers radiaux et ABS pour l'allemande, fourche télescopique standard, étriers axiaux et aucune assistance pour la japonaise. Pour autant, les deux font la paire...

Deux trains avant et deux philosophies différentes : fourche inversée, étriers radiaux et ABS pour l’allemande, fourche télescopique standard, étriers axiaux et aucune assistance pour la japonaise. Pour autant, les deux font la paire…

Il n’y a qu’à regarder son compteur analogique dont la seule entorse moderne constitue le petit afficheur digital central incluant une réserve et une montre -rien de plus-, pour s’en convaincre. En comparaison, monter sur la BMW R NineT fait faire un bond dans le temps : l’afficheur digital, lui aussi central, se pilote au commodo gauche et donne toutes les informations « actuelles » et complètes, tandis que les matériaux comme la façon de certaines pièces inspirent un luxe supérieur. Les jantes à rayons, de toute beauté, ne feront pas dire le contraire.
La Yamaha se savoure dans le détail, tandis que l’on apprécie -ou non- la ligne allégée par rapport au modèle précédent. Certes la colonne de direction devient plus présente, avec ses soudures apparentes, et la fourche de standard de 43 mm ne joue pas dans la surenchère visuelle. Par contre, elle bénéficie d’un traitement particulier offrant à ses fourreaux un aspect noir.

Moins ostentatoires que par le passé sur la version SP puis standard, les deux suspensions Öhlins arrière apportent entière satisfaction, tant dans leur réglage que dans leur présentation. De son côté, la R NineT bénéficie d’une transmission à cardan « Paralever », et d’un mono-amortisseur proposant un réglage de sa précontrainte par molette taillée masse, plus facile à utiliser. Voici qui dispense de graisser la chaîne, comme on devra le faire sur une XJR dépourvue d’origine de béquille centrale.

Velu ou velours ?

Du fait de son architecture moteur particulière, la BMW R NineT met en avant le couple et le couple de renversement de son moteur Boxer air/huile. Ce dernier contribue à l’identité de la moto! et la redresse au moindre coup de gaz, « parlant » directement dans le guidon… rendant l’allemande particulièrement vivante là où la XJR 1300 exploite toutes les qualités et la finesse de son gros moteur 4 cylindres : velouté, souplesse à souhaits.

La NineT est la dernière bavaroise utilisant le flat-twin à refroidissement par air et huile. Une légende...

La NineT est la dernière bavaroise utilisant le flat-twin à refroidissement par air et huile. Une légende…

Il montre sa force à la moindre occasion, mais ne joue pas l’esbroufe, tout sûr qu’il est de dominer son monde lors des rotations de poignée. En reprise, il est redoutable. Il commence à chanter plus haut dans les tours, offrant une diversité vocale plus importante que le ronron régulier du tigre teuton. Après une petite pause dans sa poussée, aux alentours de 5 000 tr/min, il monte gaillardement jusqu’à ses 8 000 tr/min maximaux et exploite pleinement les six rapports courts de la boîte. Six rapports ? Un de plus que sur la XJR, laquelle tire bien plus long, avec sa boîte à cinq rapports douce et précise. Et à mesure que l’on exploite la plage moteur montant jusqu’à plus de 9 500 tr/min, on comprend que cet adversaire là est endurant, qu’il rend coup pour coup à la BMW et prend le dessus lorsqu’il faut aller loin. Et lorsque la route devient plus sinueuse.

Quant à savoir laquelle roule le plus vite… à quoi bon ? La XJR se montre un peu plus protectrice que la NineT, du fait d’une position de conduite plus agréable dans l’exercice. La BMW protège cependant bien, y compris sur autoroute.

Sport pour l’une, sensations pour l’autre

En dynamique, du fait du couple de renversement (encore lui !) la R NineT s’emmène du plus volontiers sur l’angle à gauche qu’à droite, si l’on y prend garde du moins. Les vibrations moteur ont également été particulièrement travaillées en tant que vecteur de plaisir. Mécaniques ou sonores, elles se propagent de manière jubilatoire et coordonnée à la sonorité rauque, profonde et puissante de l’échappement dédoublé. Discrètement signé Akrapovič, ce dernier profite d’un souffle et d’un savoir faire certains et permet même d’être réglé en position haute ou en position basse au moyen d’un raccord fourni.

Attention : moteur souple ! Le quatre pattes de la XJR est la définition même du couple.

Attention : moteur souple ! Le quatre pattes de la XJR est la définition même du couple.

Enfin, la fourche que l’on dit reprise à la S 1000 RR, la sportive star de la marque, se démarque par ses mensurations impressionnantes : 46 mm de diamètre, 120 mm de débattement et des disques de 320 mm pincés par étrier 4 pistons à fixation radiale. Le maître cylindre n’est pas en reste, radial aussi, il offre un excellent ressenti et une puissance largement suffisante, sachant qu’il est secondé par un ABS lui aussi teuton, en provenance de chez Bosch. Le freinage reste cependant un cran en dessous de celui de la XJR, laquelle offre à la fois une puissance remarquable et un sentiment de légèreté très agréable. Un freinage bien plus facile à appréhender. La Nine T requière un peu plus de doigté, se place moins rapidement tout en restant jouissant d’une belle vivacité. Là où il faudra du temps pour exploiter pleinement la R NineT sur petites routes, et continuer à se dire qu’elle peut nous emmener un peu plus large que prévu, la XJR 1300 offre déjà tous les repères traditionnels.

Y compris au niveau de son comportement. Facile, elle est également précise et intuitive, plonge rapidement à la corde et s’avère plutôt sportive. Certes, elle ne propose pas plus de contrôle de traction que la BMW, mais elle est plus docile et ses réactions moteur plus précises, du fait de l’architecture moteur et de la distribution de la puissance. Brutes toutes le deux, vierges d’électronique, hormis celle de la gestion de l’injection, deux tendances reflétant la personnalité des deux motos se distinguent : l’une est veloutée – la XJR 1300 – là où l’autre est velue – la R NineT -. L’une est sobre, la Yamaha, là où l’autre joue la surenchère y compris niveau sensations.

BILAN

Plus évidente, plus facile, même si plus lourde, la XJR 1300 n’ a de cesse de jouer sur les points essentiels d’une moto somme toute rationnelle. Plus que légitime dans le créneau des néo-rétro, attendu qu’elle est une vétérane ayant traversé les décennies, la Yamaha assied sa suprématie et perpétue l’esprit « ancienne école » au fil des kilomètres. Et la R NineT, alors ? Elle est à l’opposé, une moto poussant plus loin encore l’art du détail, une moto à mode d’emploi, à concessions à faire pour qui la choisit, mais disposant d’autant plus de charme et de caractère. Une que chacun pourra conquérir, exploiter, dans l’espoir – accessible – d’en tirer le meilleur. Il faudra peut être alors durcir la fourche et piocher dans une pléthore d’accessoires.

Un grand merci à Jean-Marc Delétang, champion et patron, pour nous avoir sorti en express une Yamaha XJR 1300 de l’une de ses concessions Team Delétang !

Fiches express

Notes

BMW R NineT Yamaha XJR 1300
Finition : 9/10 8/10
Équipements: 6/10 5/10
Confort : 7/10 9/10
Protection : 6/10 7/10
Moteur : 9/10 9/10
Partie-cycle: 7/10 9/10
Budget : 5/10 8/10

NOTE GLOBALE

1ere Yamaha XJR 1300 : 7,9/10
2e BMW R NineT : 7/10

ON AIME : BMW R NineT ON N’AIME PAS :
+ L’identité à part – Le tarif brutal
+ Le caractère de l’ensemble moteur/partie-cycle – Devoir la rendre ?
+ Le côté joueur… mais pas trop
+ Les jantes à rayons
+ La transmission par cardan
ON AIME : Yamaha XJR 1300 ON N’AIME PAS :
+ Le nouveau look plus « léger » – Les 3,5 litres d’essence en moins que la NineT
+ Le moteur très efficace – Et les 6,5 l par rapport au XJR 2014 !
+ Le meilleur confort – L’absence d’indicateur de rapport engagé
+ Les aptitudes sportives bien cachées !
+ La facilité au guidon
Photo : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît LafontainePhoto : Benoît Lafontaine

Par Benoît Lafontaine, photos Ben’ Laf’ and The Foutain Family.

4 réflexions au sujet de « Face à face : BMW R NineT VS Yamaha XJR 1300 »

  1. Est ce que le moteur de la XJR est toujours aussi chiant? aseptisé, linéaire, électrique…. quelle horreur

    Sportive? la XJR, sportive? nan là je vois pas. lol.

    on peut rouler vite avec oui. mais sportive… 😉

  2. @ Chris : Mais non, mais non, loin d’être aseptisé, ce moteur ! Il est électrique certes, mais éclectique aussi, et lorsqu’il est question de sportivité, il convient effectivement de relativiser : « dans l’âme » et par rapport à la Nine-T. Nous sommes dans un comparatif après tout ! 😉

    Certes elle est lourde, certes elle peut embarquer, mais à chacun de trouver et de pratiquer son sport au guidon. Fut-ce de la musculation…

    Benoît Lafontaine

  3. J’hésitais entre la peu bella Griso 1200 8V, la Nine T et le XJR est sorti… Entre une fiabilité et une rugosité toutes italiennes, et un faux néo rétro TRES cher, au look fluet et à mon goût un peu bric et broc de la teutonne, et l’authenticité, le lifting réussi, la superbe finition, l’incroyable facilité de conduite et la puissance pas aseptisée à mon goût (à condition d’aller chercher plus loin sur la rotation de poignée) de la Cougar japonaise, je n’ai pas hésité. ET je ne regrette pas mon achat.

  4. Heureux possesseur de la XJR depuis 2015, aprés avoir eu une XJR2013, je ne regrette vraiment pas mon choix.
    J’ai essayé pendant 1 heure la BMW nine t pure car je la trouvais sympa. Bilan: moto sympa au look, facile de prise en main, vive, enfin plein de qualités… mais au final je reste sur ma XJR!
    Moteur aseptisé??? non on a pas du rouler sur la même machine. Le gars qui a écrit ça doit être un sacré super pilote de GP ahahaha.. ou il a essayé la bécane sur playstation.. Enfin il en faut pour tous les goûts.
    Moi toujours j’ai roulé 12000 bornes sur la XJR et environ 50 sur la BM donc je peux en parler un peu..

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