Face à face

13 juin 2014

Face à face : Kawasaki ER-6n VS Yamaha MT-07

Face à face : Kawasaki ER-6n VS Yamaha MT-07

Passage de relais

A ma gauche, maîtresse Kawette, huit ans d’expérience, des milliers (millions ?) de kilomètres entre les mains de tous conducteurs, débutants comme expérimentés, et une réputation qui n’est plus à faire. A ma droite, la MT-07, fraîchement diplômée, encore au berceau il y a peu… Pourtant, l’élève affronte sans retenue le maître, bien décidé à lui chiper la place…

Il y a huit ans, Kawasaki lançait sur les routes de France (et du reste du monde) un drôle de petit insecte doté d’un bicylindre parallèle de 649 cm3, l’ER-6n. Bien vite, la petite a pris du galon et est montée dans la hierarchie. Elle a notamment séduit les jeunes, les citadins, les roule-toujours, les moto-écoles et même les sportifs. Après deux évolutions, la troisième génération attaque 2014 avec la sérénité de l’expérience et des chiffres de vente toujours dans le top-5, la tête du classement ayant longtemps été partagée avec sa cousine Z 750. Mais voilà, miss Kawette (c’est son p’tit nom chez les passionnés) est poussé vers la retraite par l’une de ses élèves, la turbulente MT-07. Entre l’élève et le maître, la guerre est déclarée !

Copycat ?

La MT-07 puise son inspiration dans les lignes de son aînée MT-09 : lignes tendues, prises d'air latérales, pot court et belles pièces à foison.

La MT-07 puise son inspiration dans les lignes de son aînée MT-09 : lignes tendues, prises d’air latérales, pot court et belles pièces à foison.

Il faut dire que la jeunette avance de sérieux arguments ! Yamaha a eut, et a pris, tout son temps pour accoucher d’une moto capable de dominer la concurrence sur tous les terrains. En les mettant côte à côte, dans ces livrées immaculées, on se rend vite compte que le cahier des charges des ingénieurs au diapason était clair : « vous nous faites la même, mais en mieux partout ! ». Même motorisation bicylindre en ligne, même fourche télescopique, même hauteur de selle, même gabarit, position de conduite sensiblement équivalente… Yamaha ne s’est pas embarqué sur des chemins étranges pour aller chercher le succès, il suffisait juste de copier la recette ! Mais les ressemblances s’arrêtent là. Car en pratique, on ne peut pas confondre les deux machines. Si la silhouette de l’ER-6n est désormais facilement identifiable avec ses rondeurs, la MT-07 tranche.

Ligne acérée, sportivité affirmée, écopes béantes de part et d’autre du réservoir… C’est moins consensuel, pour sûr ! Amina, notre rouleuse du jour, qualifiera cette ligne de « masculine ». Il y a des chances que la Yam’ plaise plus à la gent masculine que la Kawette, mais tout le monde peut y trouver son compte. Comme sur la MT-09, le phare est positionné assez bas, ce qui dégage un peu trop à notre goût la zone entre phare et compteur, dégarnie. Toutefois, la finition de numéro 7 s’avère bluffante. Admirez ces platines latérales couleur aluminium, ces platines de cadre splendides (qui cachent joliment du tube d’acier), ces carters moteurs travaillés de couleur bronze, ce feu affleurant à l’arrière et sa signature lumineuse reprenant le logo MT… Rhaaaa… Et matez ce compteur, suspendu au guidon, archi-complet et probablement la nouvelle référence en terme de facilité de lecture. Irréprochable. En face, la Kawasaki fait plus terne. Sa ligne commence à dater, même si cette troisième génération s’est affûtée. En revanche, elle est plus habillée, plus statutaire, et paraît beaucoup plus volumineuse. La Kawette est plus valorisante visuellement, même si elle est moins racée dans le détail. Côté compteur, on retrouve un ensemble très lisible, presque aussi complet (il manque juste l’indicateur de rapport engagé), mais moins moderne. Cette instrumentation se fait discrète derrière la bulle fumée. Bref, pour l’esthétique ce sera surtout affaire de goût, et les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas… Mais l’élève ne fait pas dans la dentelle pour affronter le maître et se dote de sérieux arguments.

Bicylindres bien urbains…

La Kawette a un profil désormais parfaitement identifiable, après huit ans d'existence. La troisième génération ( depuis 2012) est plus acérée.

La Kawette a un profil désormais parfaitement identifiable, après huit ans d’existence. La troisième génération ( depuis 2012) est plus acérée.

Un coup de démarreur (classique sur la Kawasaki, plus déroutant sur la Yamaha), et les twins s’ébrouent. Si celui de la Kawette donne de la voix, celui de la MT est étonnamment discret. Pour un peu, il faudrait couper le moteur de l’ER-6n pour l’entendre ! Apaisant, mais surprenant… Cela se confirmera en roulant à bas régime, ce son feutré étant limite dangereux dans la circulation. Pendant les photos, la présence de la Yamaha dans la roue de la Kawette ne sera trahie que par le reflet dans le rétroviseur, pas par le son… Si leur architecture est identique, comme leurs performances sur le papier, le calage particulier du bloc Yam’ le fait chanter différemment dans les tours. La Kawette se fait régulière, avec une sonorité peu flatteuse héritée des anciennes ER-5 ou GPZ 500, tandis que la MT sonne à l’italienne quand le compte-tours monte. Oui, oui, à l’italienne !

Sauce bolognaise pour être plus précis. Greffez-lui un échappement plus libéré et on jurerait entendre un Monster passer. Sympathique, mais il faudra passer par la case options. En évolutions urbaines, la MT prend très vite le dessus. Si son moteur se montre moins souple à bas régime que celui de la Kawasaki, elle compense par un poids nettement inférieur. Vingt-quatre kilos en moins, ce n’est pas rien ! En outre, son freinage est simplement parfait, quand celui de la Kawasaki, efficace, est un peu moins performant. Ajoutez à cela un accord de suspensions idéal sur les pavés rambolitains et la MT-07 est une arme en ville. Elle devrait également s’avérer redoutable à une épreuve de plateau, la fameuse « lente » des motos écoles ou les slaloms plus rapides. L’ER-6n n’est pas loin, mais elle est battue… Elle se rattrape toutefois sur un point, au moment d’accueillir un éventuel passager. Selle confortable, larges poignées, c’est nickel. La Yam, elle, est égoïste et se déguste seul, ou avec un passager compréhensif. Il n’y a rien pour s’accrocher et la selle est plus raide…

… ou twins bien rageurs ?

Quasiment identiques sur le plan technique, nos deux protagonistes ont toutefois des caractères bien différents.

Quasiment identiques sur le plan technique, nos deux protagonistes ont toutefois des caractères bien différents.

Et sur route ? La aussi, les ingénieurs au diapason ont longuement mûri leur riposte. Là encore, les kilos en moins se sentent et le moteur s’avère très enthousiasmant. Comme la MT-09, la MT-07 semble bien plus grosse et puissante qu’elle ne l’est réellement. Elle s’envole à la moindre rotation du poignet droit, avec une aisance décoiffante. On jurerait qu’il y a plus de 40 cm3 d’écart entre nos deux protagonistes… La Kawasaki peine à suivre le rythme mais conserve un caractère enjoué et dynamique. Battue, certes, mais loin d’être ridicule. Même constat côté partie-cycle. Miss Kawette assure et rassure, avec un train avant stable, comme ancré dans le sol. Du pur Kawa’ ! Il faut insister un peu sur le guidon pour l’inscrire en courbe, mais son comportement est totalement neutre. La Yamaha verse plus dans le déluré. Même si on est loin de la turbulente MT-09, la MT-07 singe là encore son aînée.

Le train avant est très léger et vif, ce qui peut dérouter à haute vitesse. La moindre impulsion sur l’un ou l’autre des poignets entraîne des mouvements qui, s’ils n’effraieront pas le vétéran, peuvent perturber le débutant. Mais il faut vraiment la chercher pour en arriver là… Côté freinage, même constat. La Kawasaki, plus lourde, dispose de deux disques pincés par des étriers à deux pistons juxtaposés à l’avant. C’est honnête et efficace, mais loin des deux étriers à quatre pistons opposés de la Yamaha, qui allient puissance, mordant et feeling. Il n’y a pas photo… Quant au confort, c’est kif-kif. Les deux machines préservent le fessier grâce à des selles confortables et des suspensions assez souples, la Kawasaki y ajoutant une protection un peu supérieure avec une bulle et des écopes de radiateur un peu plus larges. Mais on bouffe quand même du moucheron quand il fait beau (c’est rare en cette fin de printemps) et de l’eau lorsqu’il vase (beaucoup plus fréquent hélas…), ce sont des roadsters !

Écono-bis !

La MT-07 est légère et instinctive même si son comportement est moins neutre que celui de l'ER-6n.

La MT-07 est légère et instinctive même si son comportement est moins neutre que celui de l’ER-6n.

Et le budget ? Là encore, Yamaha fait très, très fort, et très mal à la concurrence par la même occasion. Affichée à 5 699 € (6 199 € avec l’ABS), la MT-07 bouscule la catégorie en proposant un rapport prix/prestations redoutable. Le vent du boulet souffle tellement fort que Kawasaki a, comme par hasard, diminué le tarif de sa gamme ER (ER-6n, ER-6f et Versys) de 500 €, soit 5 999 € pour une ER-6n (6 599 € avec l’ABS). La jeunette fait fort, car son équipement est nettement supérieur, comme sa finition dans le détail (la finition globale est sensiblement équivalente). Actuellement, une promotion permet à la Kawette d’atteindre un tarif plancher de 5 699 € soit, pur hasard évidemment, pile-poil celui de la MT-07 ! D’un autre côté, après huit ans d’observations, il eut été catastrophique pour Yamaha que la donne soit inversée avec une moto plus chère et ratée…
Économique à l’achat, la MT-07 l’est aussi à la pompe. La Yam’ n’a en effet englouti que 4,65 litres aux cent, avec un minimum à 4,3 litres à la centaine de bornes ! Rapporté à la belle santé du moteur et à notre conduite pas toujours calme, c’est pas mal du tout ! En face, la Kawasaki a avalé un impressionnant 7 litres aux cent. Erreur de mesure ? Suite à un petit accroc, nous n’avons pu faire qu’un plein sur la Kawette, contre trois sur la Yamaha. Il se peut donc que la consommation soit un peu inférieure en usage quotidien sur l’ER-6n. Mais pas de trois litres, et elle n’est donc pas au niveau de la MT dans ce domaine non plus ! Il semble que l’élève ait apprit sa leçon par cœur, et puisse désormais affronter sans aucun complexe le maître…

BILAN

La Kawette a eu son heure de gloire, huit ans durant sans concurrence totalement au niveau. Mais là, la MT-07 fait fort, très fort même, et écrase la pauvre ER-6n dans presque tous les domaines. Performances, facilité de prise en main, freinage, équipement, tarif, consommation : la Yam règne désormais sans partage. Toutefois, la Kawasaki est loin d’être larguée et continuera de faire des heureux, se vengeant avec une prestance supérieure, un meilleur confort et un accueil du passager bien supérieur. Il est temps pour la Kawette de passer la quatre…

Fiches express

Notes

Kawasaki ER-6n Yamaha MT-07
Finition : 7/10 8/10
Équipements: 7/10 9/10
Confort : 8/10 7/10
Protection : 8/10 7/10
Moteur : 7/10 9/10
Partie-cycle: 7/10 9/10
Budget : 8/10 9/10

NOTE GLOBALE

1ere Yamaha MT-07 : 8,3/10
2e Kawasaki ER-6n : 7,4/10

ON AIME : Kawasaki ER-6n ON N’AIME PAS :
Le gabarit valorisant La sonorité peu musicale du twin
La facilité de prise en main et la mise en confiance Les platines de repose-pieds arrière, peu qualitatives
Le passager choyé Le freinage, efficace mais sans plus
C’est une valeur sûre !
ON AIME : Yamaha MT-07 ON N’AIME PAS :
Le moteur plaisant, quoique trop discret d’origine Le look par endroits un peu trop dépouillé
Le freinage hyper efficace. Le passager négligé
Le tableau de bord digital, une vraie réussite ! La protection en plastique sur le réservoir
Les détails de finition aux petits oignons Le radiateur brut, tout gris. Un coup de noir, c’est trop cher ?
Photo : Simon Palatchi (Affiche : Alexandre Dauchez)Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon Palatchi (Affiche : Alexandre Dauchez)Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiLe train avant de la MT-07 est très vif, ce qui peut dérouter le débutant. Une fois qu'on s'y est fait, c'est un régal avec un freinage tip-top... Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiLes carters de la Yamaha sont magnifiques, très travaillés. Photo : Simon PalatchiCe bicylindre calé à 270°, comme les TDM et Super Ténéré, possède un caractère de teigne. Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiLe compteur est splendide et parfaitement lisible. Heure, consommation moyenne et instantanée, régime, deux trips, totalisateur, indicateur de rapport engagé, tout y est. La vitesse s'inscrit en très gros caractères à droite, on ne peut pas la rater ! Photo : Simon PalatchiLe réservoir possède des formes sympathiques. En revanche, entre le matériau (plastique) et la protection supérieure, y fixer une sacoche relèvera du casse-tête. Photo : Simon PalatchiLe commodo gauche, petit, est piqué à la MT-09. Le klaxon est dur d'accès dans le feu de l'action. Photo : Simon PalatchiLe démarreur est lui aussi emprunté à la MT-09, avec ce bouton qui s'actionne vers le bas. Notez les feux de détresse. Photo : Simon PalatchiL'arrière effilé est plaisant. En revanche, où sont les poignées passager ? Y'en à pas ! Photo : Simon PalatchiLa tension de chaîne se fait par des axes on ne peut plus basiques (bras tiré, écrou et contre-écrou). En revanche, l'axe de roue dispose d'un bel enjoliveur. Et le bras oscillant est superbe. Photo : Simon PalatchiAdmirez ces platines de repose-pieds et les enjoliveurs du cadre tubulaire ! Sur une moto à 5 699 €, ce sont de belles pièces... Photo : Simon PalatchiLe phare reprend l'esthétique de celui des autres MT (09 et 125), mais pas les veilleuses sur les côtés (ici elle est en bas au centre). Dommage... Photo : Simon PalatchiCôté gauche, le carter est également splendide. Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiLe feu arrière affleure la coque, et ses LED forment, de loin, le logo de la lignée MT. Bôôôô ! Photo : Simon PalatchiLe silencieux court laisse échapper une mélodie sympathique, façon Ducati, mais bien trop étouffée. On ne l'entend presque pas ! Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiL'amortisseur déporté est la signature des ER-6 depuis 2006. Notez que nos deux protagonistes, blanches, adoptent des ressorts rouges. Coïncidence... Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiTrès lisible mais moins moderne, le tableau de bord de l'ER-6n est presque aussi complet que celui de la Yamaha. Il n'y manque que l'indicateur de rapport engagé. Photo : Simon PalatchiLe train avant de la Kawette est plus neutre, moins incisif. C'est aussi plus rassurant pour un débutant. Photo : Simon PalatchiLe bicylindre de la Kawasaki possède une santé équivalente à celui de la Yamaha. Mais avec près de 25 kilos à propulser en plus, les différences se voient vite côté performances... Photo : Simon PalatchiLes commodos de la Kawasaki sont on ne peut plus classiques. Là aussi, les feux de détresse sont présents (mais à main droite). Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiLe bras oscillant de la Kawasaki, formé de deux tubes côte à côte, est très élégant aussi. Les longues platines de repose-pieds, elles, sont assez laides et bougent beaucoup (pour filtrer les vibrations du twin, elles sont montées sur silent-blocs). Photo : Simon PalatchiLe passager est bien plus choyé sur la Kawasaki que sur la Yamaha avec ces larges poignées et une selle un peu plus agréable. Photo : Simon PalatchiPhoto : Simon PalatchiSilencieux court là aussi, avec une sonorité plus grave et présente, mais moins flatteuse. Photo : Simon Palatchi

Par Simon Palatchi, texte et photos

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