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24 juillet 2015

Essai Aprilia RSV4 RF et Tuono 1100 2015

Essai Aprilia RSV4 RF et Tuono 1100 2015

Les fusées de Noale

Il y a des jours comme ça où l’on se demande ce qu’on fait là. Sur le circuit de Nevers Magny Cours, après ma première session médiocre au guidon de la nouvelle Aprilia RSV4 RF (modèle 2015), je suis dans cette situation si particulière, où rien ne semble aller. Petit physique, pneus à rôder, suspensions en configuration d’origine, circuit à apprendre et une moto de plus de 200 chevaux entre les jambes… Mais qu’est-ce que je fais là ??? La réponse et la suite tout de suite…

Les clients Aprilia roulent fort. Il faut dire que RSV, RSV4 et Tuono ont fait cracher les chevaux dans la Nièvre !

Les clients Aprilia roulent fort. Il faut dire que RSV, RSV4 et Tuono ont fait cracher les chevaux dans la Nièvre !

« Là », j’essaye tout simplement les deux dernières « pompes à feu » du constructeur italien : l’hypersportive RSV4 dans sa version RF, une édition limitée à 500 exemplaires (déjà tous vendus hélas) et le non moins sportif roadster Tuono 1100 lui aussi sorti en 2015. Moins qu’un essai, je je prends contact avec elles le temps d’une ou deux sessions piste, le tout dans un cadre exceptionnel. Aboutie, peaufinée niveau amortissement, comportement moteur et gestions électroniques, richement dotée, la RSV4 entend permettre à quiconque d’être bon sur route comme sur piste, même sans le vouloir. La Tuono a pour sa part revu entièrement son moteur et son ergonomie, afin de devenir plus confortable et d’en offrir toujours plus niveau moteur. Bref, un essai de rêve sous le soleil… Enfin, après un départ qui tord les tripes !

La RSV4 de laquelle je descend n’a pas su me convaincre. Véritable saucisson sur piste, elle faisait ressortir les réglages standards de ses suspensions Öhlins haut de gamme. Autant dire que même en n’étant pas un pilote professionnel, on aura quelques bons réglages à faire pour tirer le meilleur de la moto. Pour l’instant, la Tuono V4 1100 me tend le guidon… La position de conduite, pour sportive qu’elle soit avec ses repose pieds relevés et le dos légèrement courbé, met immédiatement à l’aise. Je m’élance, non plus seul en piste comme lors de la première session, mais au milieu des clients et concessionnaires Aprilia venu ici dans le cadre des Aprilia Track Days, les journées piste organisées par l’importateur français. Et les clients, eux, ne font pas semblant sur la piste ! Le moteur gronde, moi aussi…

Tonnerre de Tuono !

Châssis facile, confort en hausse : la Tuono est désormais plus civilisée. Mais reste sauvage, attention !

Châssis facile, confort en hausse : la Tuono est désormais plus civilisée. Mais reste sauvage, attention !

La Tuono V4 1100 est une évidence. Déconcertante de facilité sur piste, d’une rigueur impériale, ce roadster puissant de 175 chevaux se montre entièrement sous contrôle, fut-il électronique et un peu trop prononcé au départ. Bien réglé niveau suspensions, le roadster n’a aucun mouvement parasite et se contrôle sans stress aucun. Heureusement, il est possible d’ajuster le comportement de l’anti patinage directement au moyen des gâchettes + et – du commodo gauche. Légèreté, précision, stabilité, les trajectoires deviennent instinctives et s’apprécient quelle que soit la vitesse. On accélère de plus en plus, de plus en plus tôt dans la courbe, même sur l’angle, quitte à lever vigoureusement l’avant lorsque le contrôle de traction relâche la puissance. L’anti-cabrage prend alors le relais et repose en douceur.

L’apprentissage de la moto comme celui du circuit devient une formalité. Les sensations pures arrivent dans le casque, tandis qu’aucun défaut évident ne parvient à gâcher l’instant. Et pourtant, le tracé de Magny Cours est exigeant et éprouvant ! De la vitesse, on en prend, avec plus de 280 km/h possibles derrière la petite bulle du tête de fourche, le tout avant d’amorcer un freinage dantesque à Adélaïde. La Tuono 1100 reste rivée au sol, tandis qu’on la place sans effort sur le guidon. Plus étroit et plus rapproché de soi, ce dernier est un excellent compromis. Le genou s’ouvre instinctivement… Ça frotte. Les repose pieds sont encore loin, et leur hauteur semble pour l’instant insondable. Le corps se place, la tête s’avance… et descend de plus en plus vers la piste… Les tours s’enchaînent. Quel outil !

Une Tuono facile et gracile

Plus fluide, la face avant est toujours calquée sur la RSV4, en plus déshabillée...

Plus fluide, la face avant est toujours calquée sur la RSV4, en plus déshabillée…

Le fameux moteur quatre cylindres en V relance et gronde. Sur la Tuono, il fait part de son augmentation de cylindrée au travers de reprise franches et omniprésentes. Passer de 999,7 à 1077 cm³ grâce à un alésage des cylindres augmentant de 78 à 81mm, permet de gagner 5 chevaux et 0.8 mkg. Des fois que l’on ait pu penser en manquer… Mais de manque, il n’y a aucun ! Même les fameuses assistances Aprilia répondent présentes. Seul l’antipatinage est trop intrusif au départ. Je ne tarde pas à le réduire au minimum, afin d’éviter de trop cabrer la moto lorsque l’on se relève de l’angle après la remise des gaz. C’est à ce moment précis que le nouveau calibrage de l’électronique révèle ses progrès. Même l’ABS n’est jamais parvenu à se déclencher malgré des freinages dantesques (toujours à Adelaïde !).

Légère, maniable, la Tuono V4 1100 n’a de cesse de surprendre dans cet environnement. Certes, on s’attendait à ce que ce dérivé de sportive soit performant sur circuit, mais à ce point, difficile de l’imaginer. Tant et si bien que je me demande ce que pourrait apporter de plus la RSV4 à un concept aussi abouti. A quoi bon ? Il y a déjà tout ce que les amateurs de conduite sportive peuvent souhaiter, et l’on peut ajouter une dose de confort… Mais il est temps de rentrer aux stands. 15 minutes, c’est court. Trop pour faire le tour d’une moto riche de fonctionnalités et de réglages, généreuse en sensations sans jamais vouloir se montrer incontrôlable. Une chose demeure : plutôt que de se faire craindre, la Tuono V4 1100 mise sur la subtilité et la vigueur de sa partie cycle et de son moteur pour séduire. Et ça marche.

RSV4 Full potentiel

La RSV4 s'affûte, tout en demeurant toujours aussi facilement apprivoisable, électronique de pointe oblige.

La RSV4 s’affûte, tout en demeurant toujours aussi facilement apprivoisable, électronique de pointe oblige.

Il est temps de ressortir des stands aux bracelets de la RSV4 pour la dernière session de la journée (je vous ai dit que c’était court !). Elle doit faire ses preuves avec un setting d’amortissement revu et une optimisation de la part de Manu, notre technicien attitré, figure mécanique de ces Track Days, véritable marabout exorciseur des Aprilia – et du parc presse -, capable de faire revenir l’électricité dans votre moto en moins de 15 minutes chrono et de résoudre une grande partie des soucis mécaniques rencontrés. Immédiatement opérationnelle, tout comme son pilote, la RSV4 optimisée rentre en piste. Elle était déjà un avion de chasse atypique, avec son moteur 4 cylindres en V très puissant (184 chevaux en 2014), son look reconnaissable entre mille – cette étroitesse, cet arrière si court et fuselé, cet air hyper trapu et ce regard piquant -, et voilà que le modèle 2015 fait « pire ».

La RSV4 RF a tout ce qui se fait de mieux en matière d’équipement ou d’assistances. Cette moto haut de gamme bénéficie du pack Race complet, ainsi que d’une peinture spécifique.

Un équipement d’origine au top

La RF est le Graal, avec sa déco spécifique. Mais la RR Race Pack, dotée du même châssis, se défend bien aussi !

La RF est le Graal, avec sa déco spécifique. Mais la RR Race Pack, dotée du même châssis, se défend bien aussi !

Elle hérite également d’un amortissement – y compris de direction – Öhlins complet permettant à la fourche comme au mono amortisseur arrière d’être entièrement et finement réglés. Il n’y a qu’à regarder les superbes jantes en aluminium forgé, aussi belles et légères que difficiles à nettoyer avec leur revêtement mat granuleux, admirer les étriers Brembo MP 430 et leur maître cylindre, entièrement radiaux, tâter de l’électronique dernier cri au service du pilotage et de la performance, et surtout des caractéristiques moteur pour se convaincre d’une chose : les italiens s’y connaissent en haute couture moto. Le bloc propulseur perd 1,5 kilos, passe « à la mode 2015 » et affiche plus de 200 chevaux, 201 très précisément. Pour ce faire, il modifie sa mécanique interne tout comme sa gestion électronique afin d’offrir la possibilité d’exploiter pleinement les 13 500 tr/min de pure efficacité… tout comme celles de la partie cycle, et ce quel que soit le niveau de pilotage.

Grâce à l’emploi de titane pour les soupapes de plus grand diamètre, à l’adoption de nouveaux arbres à cames et abaissant la position du vilebrequin,entre autres, on gagne à tous les niveaux. Aprilia offre même la possibilité de changer l’emplacement du moteur dans le cadre et de modifier la position de conduite. Trop ? Ce n’est pas encre assez…

RSV4, avec un V, comme dans Victoire…

Ce moteur est une mécanique de précision au ride by wire bien dosé permettant de conserver une poignée ferme. Un régal de sensations directement connecté au poignet droit et canalisé par des garde fous réglables en live. Les fameuses gâchettes au commodo gauche, titillées sur la Tuono, permettent de choisir l’un des 7 niveaux d’intervention du contrôle de traction, tandis que l’on peut opter pour l’un des 3 comportements moteur disponibles : S pour Sport, T pour Track et R pour Race -le ton est donné.

Avec un moteur de 201 ch, la RSV4 dépasse allègrement les 300 km/h. Heureusement, la partie-cycle est optimale et les freins sont démesurés. Rassurant avant Adélaïde !

Avec un moteur de 201 ch, la RSV4 dépasse allègrement les 300 km/h. Heureusement, la partie-cycle est optimale et les freins sont démesurés. Rassurant avant Adélaïde !

S’il est possible d’implémenter d’origine un système de télémétrie dénommé V4-MP sur un smartphone iOS, Android ou Windows Phone interfacé, nous n’en disposions pas. L’Active Electronic Setup, pour sa part, permet de configurer les réglages des assistances « virage par virage », tel le dispositif utilisée en compétition. Ajoutons l’Immersive Virtual Telemetry enregistrant et affichant les données issues du moteur et permettant de les comparer à un idéal. Enfin, l’Adaptive Race Assistant devient un coach personnel en temps réel, dispensant des conseils sur la manière d’exploiter au mieux la mécanique… La technologie fait ainsi de la RSV4 une moto connectée version 2.0 au véritable sens du terme, le tout au travers d’un système des plus abouti. Celui d’une Superbike, pour une super moto. Pour l’instant, la RSV4 2015 est surtout connectée à la piste. Le coude descend de plus en plus, tandis que le moteur se montre parfaitement exploitable.

Sans surprise, il prend vigoureusement ses tours, ne désarçonne jamais et profite d’un caractère trempé, certes, mais loin d’être impressionnant en terme de sensations de vitesse. Par contre, il n’a de cesse de s’élancer, de relancer et offre même un pur moment à partir de 9 000 tr/min et jusqu’à la coupure. Pour autant, son efficience est redoutable, comme le démontrent quelques tours en sous régime, les relances dans les épingles sur un rapport trop haut, ou encore d’autres « pièges » dont ils se joue aisément. Attraper les freins alors que l’on titille le 300 compteur et que l’environnement semble défiler comme jamais, ne nécessite pas de lancer préalablement une prière. Redoutable d’équilibre lors de la prise du levier, y compris sur l’angle, la RSV4 est faite pour le freinage dégressif. La puissance est immédiatement présente, secondée par un ABS Bosch 9MP de dernière génération. Comprendre par là que s’il intervient, c’est que l’optimisme était par trop présent. Je ne suis pas parvenu à le déclencher, et pourtant l’impression d’arriver beaucoup trop vite fut maintes fois présente. L’arrière délestera avant permettant de rentrer dans une dérive contrôlée salvatrice, tandis qu’un simple regard suffit à plonger à la corde. L’un des bénéfices d’avoir la tête dans le prolongement de la roue.

… « Et c’est pas fini »…

Tuono comme RSV4 partagent un ADN sportif, un moteur de feu et une électronique qui veille en douceur, pour des sorties de courbe poignée dans le coin !

Tuono comme RSV4 partagent un ADN sportif, un moteur de feu et une électronique qui veille en douceur, pour des sorties de courbe poignée dans le coin !

Sachez que la RSV4 Race Pack ou RF dispose d’origine de la possibilité de régler la position du moteur dans le cadre, de choisir l’offset de la fourche (cuvettes en option cependant), de modifier la position des commandes aux pieds. Les versions haut de gamme de la nouveauté 2015 bénéficient également des jantes forgées, lesquelles sont un gain notable de poids et renforcent encore la maniabilité. Très honnêtement, il fut impossible de tester objectivement les trois niveaux de l’AWC (anti-wheeling), impossible de trouver l’ALC (le launch control à trois niveaux dédié aux départ canons), par contre, le shifter AQS a fait ses preuves. On regrette simplement qu’il ne soit pas possible de descendre les rapports de la même manière : sans embrayer et à pleine charge moteur. La moindre peine physique s’est envolée, gage d’une ergonomie excellente et de bons réglages. Je n’ai pas eu à lutter contre la moto, bien au contraire.

Ainsi réglée, on fait corps avec elle. Les tours s’enchaînent et ne se ressemblent pas : on passe de plus en plus fort, dépasse de plus en plus… Le rythme est là. Les sensations aussi. Les bras se relâchent, les muscles suivent… A l’aise ! Tout comme précédemment sur la Tuono V4 1100, mais en moins confortable de selle. Un comble. Encore et toujours.

BILAN

Bien entendu, quelques tours de piste au guidon de chaque moto n’auront pas suffi a faire un essai complet. Pour autant, les tendances sont bien là, qui confirment la présence de la RSV4 2015 dans le top du top des sportives de l’année, surtout à ce niveau tarifaire. Pour une moto née il y a maintenant près de 7 ans, les évolutions ont permis de dépasser les attentes et les « goûts du jour » pour en offrir toujours plus pour un prix resté contenu au vu de ce qui est compris. Qu’elle soit vouée à la piste ou à la route, la RSV4 convainc quel que soit le niveau de son pilote. Reste à composer avec une selle haute (840 mm) et une foison de fonctionnalités que l’on achète sans jamais être sûr de les exploiter. Et un tarif de 20 999 € pour la RF, 19 499 € pour la Race Pack et « seulement » 17 200 € pour la RR. Cette dernière fait logiquement une croix sur l’amortissement Öhlins (remplacé par du Sachs), les jantes forgées (remplacées par une version en aluminium) et ne bénéficie pas des mêmes coloris.

De sont côté, la Tuono V4 1100 subit une grosse évolution, laquelle ne se limite pas à sa cylindrée. L’agrément semble en forte hausse, sans que cela ne nuise à la performance. Extrêmement puissante en version full power elle est également particulièrement exploitable sans renier une once de caractère. La docilité apportée par l’électronique ne fait jamais oublier que l’on est assis sur une cavalerie fougueuse, tandis que l’on dispose d’une moto n’ayant rien à envier à une sportive. Ce serait même plutôt l’inverse. On n’en attendait pas moins de la part d’un moto dont on demande 16 946 € pour la version Factory essayée ici, ou 14 650 € dans la version de base.

Fiches express

Notes

Aprilia RSV4 RF Aprilia Tuono V4 1100
Finition : 8/10 8/10
Équipements: 9/10 8/10
Confort : 6/10 8/10
Protection : 7/10 7/10
Moteur : 9/10 9/10
Partie-cycle: 9/10 9/10
Budget : 8/10 8/10

NOTE GLOBALE

Aprilia RSV4 RF : 8/10
Aprilia Tuono V4 1100 : 8,1/10


 

ON AIME : Aprilia RSV4 RF ON N’AIME PAS :
+ Intuitive et facile – La hauteur et l’arcade de la selle
+ Les réglages de suspensions précis – Trop de réglages possibles ?
+ Le moteur exploitable ! – Quid de la consommation ?
+ Le freinage sous parfait contrôle
ON AIME : Aprilia Tuono V4 1100 ON N’AIME PAS :
+ La nouvelle position de conduite – Agile sur piste, mais ne braque pas !
+ Les bénéfices de la cylindrée en hausse – Quid de la consommation ?
+ Le comportement moteur
+ Les assistances électroniques efficaces sans excès
+ La simplicité de conduite

Par Benoît Lafontaine, photos WarmUp Photos, Emilien Braud et Simon Palatchi

2 réflexions au sujet de « Essai Aprilia RSV4 RF et Tuono 1100 2015 »

  1. formidables machines j aime oui…. mais où sont elles? suis tenté !!! peu d effort des commerciaux qui ont encore de gros progrès à faire pour attirer le client : publicité pour le SAV , garantie …

  2. C’est, hélas, le talon d’Achille du groupe Piaggio qui a tendance à se focaliser sur Piaggio et Vespa, qui ont un certain volume de ventes, au détriment de marques de niches comme Moto-Guzzi et Aprilia. Heureusement que les passionnés continuent à apprécier ces motos atypiques !

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