Essai BMW R 1200 RS
Le Sport sous conditions
Rencontrer l’imprévu au guidon de la R 1200 RS, c’est provoquer des moments inoubliables. Dix ans après la disparition de la R 1100 RS, BMW fait renaître son modèle RennSport. Voici un essai GT très… sportif !

Le retour du RennSport, 10 ans après la disparition de la R 1100 RS ! Et pour y avoir du sport, y’a du sport…
Il n’y a pas à dire, chez BMW, ça bouge. Et ça rajeunit. Ça rajeunit son image, ça rajeunit sa gamme et ça rajeunit sa clientèle. La preuve ? Quand on regarde sur le site internet français de la marque, plus précisément sur la page consacrée à la R1200 RS que nous essayons aujourd’hui, voilà que l’institution à la clientèle majoritairement quarantenaire (et plus), invite à « réinventer le voyage » en montrant un pilote et sa passagère en train de déhancher sur la nouveauté 2015. Sportive, la RS 2015 ?
Évidemment, mais en un sens, moins que le modèle dont elle reprend le nom. « Accélère et tiens la distance » qu’ils disent même, sur leur site, BMW. Histoire de sous-entendre qu’à l’heure des radars en tous genres, je me traîne jusqu’à présent et que je ne suis pas endurant ?
Et voilà qu’ensuite, copain BM – un vrai motard avec la mauvaise foi qui va avec ? – me vante avec une tape dans le dos « les lignes et la nervosité d’une vraie sportive. L’ergonomie et la protection d’une vraie routière. » Bon, là, c’est sûr, il faut qu’on cause !
Une cousine issue de geRmain
La RS est avant tout un roadster sportif : la R 1200 R. Une R 1200 R dotée d’un demi carénage acéré sur lequel on retrouve une bulle réglable manuellement en hauteur (+4 cm) sur…deux positions. Deux autres réglages de bulle sont accessibles, si l’on joue du tournevis pour la relever sur son support. Avec cette nouvelle répartition des masses, la R 1200 RS prend 5 kilos – au bas mot – sur l’avant, et revoit ses dimensions à la hausse, y compris son empattement, plus important de 15 mm. De manière plus ennuyeuse, la hauteur de selle prend 30 mm (820 contre 790 mm sur le roadster) et n’est pas réglable. Pas d’autre alternative qu’un choix de hauteur au départ d’usine ou en option. En changeant la selle, donc. Deux options : 840 et 760 mm. La hauteur standard offre déjà une position dominante, mais les pieds sont moins aisés à poser à l’arrêt.
Dis-donc, tu ne te moquerais pas de moi, là, copain BM ? Quand tu me parles de protection d’une vraie routière, je ne peux que te contredire. Ne chercherais tu pas à m’embrouiller ? Surtout lorsque la RS, tu la classes dans les sportives, aux côtés des S 1000 RR (lire notre essai)… pas dans les GT. Et ça lui convient très bien.

Complet, le tableau de bord ne brille pas toujours par sa lisibilité. Mais il est exhaustif, alors bon…
Tiens, d’ailleurs, tu le dis toi même : « Prends les commandes de la sportive au long cours et ne faiblis jamais. Ne renonce à rien. » C’est beau comme un slogan Nike, ça fait envie, mais on n’est pas au top pour autant. Bon, moi, j’avoue avoir eu quelques faiblesses quand même. Notamment parce qu’au bout de 30 km d’autoroute, j’avais le derrière qui réclamait du confort, et de deux parce que la bulle, elle est jolie, mais elle est plus ennuyante qu’autre chose. En position haute, elle gène le champ de vision et provoque de nombreuses turbulences et du bruit, et en position basse… la pression de l’air se fait sentir sur les épaules, la tête… ce qui renforce les impressions de vitesse, mais toujours pas le confort. Même si elle propose un régulateur de vitesse (en option) et même si les jambes sont assez bien épargnées, l’autoroute n’est pas son domaine de prédilection. Alors que les petites routes…
Boxer en souplesse
La RS et moi, nous avons parcouru près de 2 000 kilomètres. Et je peux dire qu’entre l’agglomération parisienne où elle est un régal et la campagne ardéchoise où elle se régale, entre la Seine et la Loire, entre les gouttes et en pleine tempête, elle a tâté tout type de tracé. On a joué à cache-cache avec le soleil, aussi. Alors oui, la R 1200 RS, c’est un sacré morceau. A peu près 250 kilos tous pleins faits et 18 litres d’essence (seulement) dans le réservoir, et 106 chevaux (en attendant les 125 en 2016). Un pur morceau de plaisir, aussi. Mais il faut prendre le temps de la comprendre, de la connaître un peu pour relativiser et lui pardonner de ne pas prendre autant soin de soi que l’on aurait pu espérer.
Moi, en la prenant, j’imaginais qu’elle allait me cajoler, me réchauffer les fesses avec sa selle quand il ferait froid, m’épargner des affres de la route droite et des intempéries. Que nenni. A son guidon, j’en ai pris plein le casque, j’ai été trempé… Par contre, je n’ai jamais souffert. D’une part, parce que les poignées chauffantes (trois positions) sont excellentes et pilotées par les commodos, d’autre part, parce que la position de conduite est on ne peut plus avenante. Buste légèrement penché, jambes droites et pieds haut placés pour ménager une garde au sol importante, on est à l’aise dès 1,75m dépassés lorsqu’il s’agit de poser les pieds au sol. Imposante mais bien proportionnée, miss RS ressemble à une version embourgeoisée la superbe HP2, sportive iconique disparue du catalogue il y a quelques années. La preuve ?
On peut opter – en option – pour un système de démarrage sans clef très chic. Le superbe et très cossu transpondeur dans la poche, on peut lancer l’initialisation et même ouvrir la trappe à essence… Un gadget des plus agréable. Pour finir, la R 1200 RS bénéficie d’origine du dispositif de contrôle de stabilité (ASC), composé d’un anti-patinage/contrôle de traction performants et discret, d’un freinage ABS parfaitement dosé et dosable, de très bons pneumatiques et donne l’impression d’être vissé à la route, imposent un sentiment de respect et de confiance. On se sent bien à bord en toute circonstance, à tout rythme.
Options indispensables
Les commodos sont légion sur cette version toutes options, mais bien placés et utiles. Les informations s’affichent sur l’écran digital, dont l’affichage varie en fonction du mode moteur choisi. Le seul bémol concerne le clignotant à arrêt automatique : son commutateur est très désagréable de forme. Reste aussi la molette de gauche pilotant intégralement le GPS (en option). Le gant se prend dès que l’on tourne, changeant l’affichage. Ahhh, le Navigator V, une petite merveille de technologie et une option très intéressante à considérer de toute urgence. Ce dernier ne fait pas que vous guider sur les belles petite routes à virage, il complète également l’instrumentation en offrant une pléthore d’informations. Des infos sur l’utilisation de la moto et même le type de conduite. Redoutable. Tout comme le shifter. Un bonus réel n’officiant pas seulement en conduite sportive.
En agglomération, on passe les vitesses à la volée dès les mi-régimes (4 500 tr/min), sans débrayer ni couper les gaz, confortant un agrément moteur redoutable. Une R 1200 RS, c’est un boule de couple rehaussé d’une puissance enthousiasmante. C’est rond, c’est long, et c’est bon, tout simplement, et ça donne tout tout de suite. Point. Mon ami BM… Si tu savais. Si tu savais ce que j’ai pu faire avec cette RS ! Tu en rougirais peut être autant que les sportives tenues en respect à son guidon. Quoi que, tu sais bien ce dont elle est capable. Elle, ce qu’elle aime, c’est avionner au son charmeur et profond de son moteur bicylindre à plat. Le fameux Boxer à refroidissement liquide (enfin air/eau pour être précis) lancé sur la R 1200 RT, est ici remanié. Il ronronne toujours comme un chaton en attente de croquettes, et gratifie de pétaradages bien sentis et volontaires lorsque l’on coupe les gaz, mode moteur Dynamic activé. Et ça, c’est excellent (le ronron, pas les croquettes. Quoi que…). La discrétion sonore est assurée par les autres modes moteur, toujours avec ce souffle devenant trop présent sur les longs trajets à régime constant.
Redoutable sur route
Calée, posée, la R 1200 RS n’est pas forcément démonstrative niveau moteur, même si l’on peut choisir le comportement de ce dernier au travers du bouton Mode inclus dans le commodo droit. D’origine, le choix est pauvre, avec uniquement un mode Rain assouplissant la réponse des gaz, réduisant la puissance et augmentant le niveau d’anti patinage, et un mode Road jouant sur la souplesse et une meilleure réponse. L’option Pack Pilotage Pro renforce l’offre d’un mode Dynamic véritablement énergique et expressif, et d’un autre uniquement accessible à la version full power de 125 chevaux : le mode Dynamic Pro. Ce dernier est entièrement configurable par l’utilisateur. Ce mode moteur pilote également les suspensions ESA si l’option est disponible.
Sportive, la R 1200 RS l’est bien, mais uniquement lorsque l’on débride son potentiel à grand renfort d’options. Reste à rouler sur la force de son moteur, à garder en tête que la transmission par cardan, même sous contrôle et réduisant le couple, transmet la poussée des 125 Nm de couple et des pistons du 1 170 cm3 pour le moins velu. Quel outil !
La rigueur de la partie cycle, l’aisance avec laquelle on l’emmène d’un bord à l’autre de ses pneumatiques, celle avec laquelle on vire, font de son poids un allié toujours maîtrisé. La R 1200 RS suit les injonctions à la lettre. Ajoutons une qualité d’amortissement appréciable, mais là encore tributaire du choix du Pack Tourisme optionnel incluant l’ESA. Pilotée électroniquement et semi active, la suspension avant et arrière prend une nouvelle dimension en s’adaptant instantanément au terrain. Elle laisse cependant la possibilité d’agir finement sur ses réglages. Les combinaisons possibles ? Une hydraulique « soft », « normal », « hard » et une précontrainte « pilote », « pilote/bagage », « pilote/passager ». L’amortissement n’est cependant pas le seul à suivre des règles précises. Il est intimement lié au comportement moteur.
Le coût du lapin
S’il faut rester en mode Dynamic (moteur et suspension) pour bénéficier de réglages optimum en conduite sportive, l’adaptation au type de route et de revêtements est immédiate. Ferme afin de garantir le cap, bien plus agréable que le mode Confort, la suspension ESA permet également un transfert de poids sur l’avant restreint, et de virer « à plat », tandis que les freinages sont favorisés. Le mode Confort retrouve un bon moelleux de suspensions, au prix d’un élargissement de la trajectoire et de l’impression d’une moto alourdie. Par contre, il est très agréable en agglomération et pour la balade enlevée sur route en mauvais état.

Notre BMW R 1200 RS d’essai était, comme à l’accoutumée, bardée d’options, comme la clef mains libres ou la suspension pilotée ESA. Du confort en plus, mais la note grimpe méchamment !
Plus agile qu’on ne le pense, bien plus malléable et docile, aussi, la R1200 RS se plie aux besoins sans que l’on ne s’en aperçoive. Précise, elle reste légèrement physique sans que jamais la peine ne se fasse sentir. Si tu veux savoir, l’ami BM, si moi aussi j’ai pu déhancher comme sur ta publicité, je te dirais oui, beaucoup, surtout en Ardèche… au point d’en assainir la surface de mes sliders. Car oui, que ce soit en costume 3 pièces EPI replica ou en combinaison de piste, la R1200 RS offre une grande versatilité, accepte tous les styles et toutes les expériences de conduite. Elle donne sans faiblir et sans trop consommer : entre 5,2 et 6,8 l/100 km lors de notre roulage. Enfin « donne », façon de parler. Le tarif toutes options donne un gros coup derrière la tête ! A 17 755 € la version entre les mains, le prix d’ami n’est pas autant au goût du jour que le tutoiement. D’autant plus dommage que l’obligation de passer par la case options est évidente pour tirer le meilleur de cette moto.
BILAN
Tout sauf aseptisée, la R 1200 RS officie avec bienveillance et offre un plaisir de conduite élevé. Bien plus sport que GT dans les faits, elle n’est certes pas des plus confortable de selle, dispose d’une bulle perfectible, mais la RS est aussi une citadine convaincante au niveau de sécurité optimal. Les feux diurnes comme sa sonorité la rendent appréciable dans le trafic, tandis qu’elle devient une rouleuse à la fois endurante et vive lorsqu’on l’emmène en voyage. Un très bon compromis pour qui souhaite une grande polyvalence tout en conservant un fort potentiel sportif, le tout dans un luxe très BMW.
FICHE EXPRESS
NOTES (dans la catégorie)
| Finition : | 9/10 |
| Équipements : | 10/10 (avec options…) |
| Confort : | 6/10 |
| Protection : | 7/10 |
| Moteur : | 9/10 |
| Partie-cycle : | 9/10 |
| Budget : | 5/10 (avec options…) |
NOTE GLOBALE
7,8/10
| ON AIME : | ON N’AIME PAS : |
| + La motorisation forte et puissante | – Pourquoi proposer une version sans options ? |
| + L’équilibre général | – Le mode Dynamic Pro uniquement en full |
| + La personnalité attachante | – La bulle inefficace… |
| + Les options très pertinentes | |
| + Le niveau de luxe possible |
Par Benoît Lafontaine, texte et photos



















