Essai Kawasaki Versys 650 2015
Volte-face
En dépit de ses qualités, la Versys 650 a toujours manqué de reconnaissance pour percer dans les ventes de manière plus significative. Avec de nouveaux arguments esthétiques, un équipement en hausse et un confort nettement optimisé, le millésime 2015 change de ton et entend bien corriger cette injustice !

La nouvelle Versys se décline en noir ou en blanc. Mais si vous aimez la couleur, il est également possible de la commander en jaune…
C’est un fait, le trail mid-size de chez Kawasaki a beau occuper le terrain depuis 2007, il peine toujours à trouver son public. Un positionnement flou, entre trail et roadster, doublé d’une personnalité esthétique pour le moins osée, ont eu en toute logique un impact négatif sur ses performances commerciales, dans un marché et un contexte pourtant très ouverts sur ce type de machines « politiquement correctes ». Pour preuve, sur l’exercice 2013, il s’en est écoulé 234 exemplaires dans notre beau pays, alors que sur la même période Triumph parvenait à refourguer 662 Tiger 800 et que Suzuki écoulait 549 exemplaires de sa DL650. La faute à qui, à quoi ? Disons que le physique difficile de la Versys n’a pas aidé, son manque d’évolution aussi. En huit années de service, la Kawasaki n’aura en effet connu qu’une seule – et petite – retouche cosmétique, en 2010.
Il fallait que ça change ! Est-ce à cause de l’engouement retrouvé des constructeurs pour le trail, genre qui était tombé en désuétude (excepté chez BMW !) ces dernières décennies ? Est-ce le succès non négligeable des concurrentes en place et l’arrivée programmée de nouvelles prétendantes chez Yamaha et Honda qui a incité Kawasaki à sortir de sa réserve pour revendiquer à son tour une part du bon gâteau ? Allez savoir. Toujours est-il que la Versys cuvée 2015 fait peau neuve et personne ne s’en plaindra.
Signature maison

Une des bonnes surprises de la cuvée 2015, c’est l’arrivée d’un pare-brise ajustable manuellement, sur une amplitude de 75 mm.
Inutile de posséder un œil exercé et l’analyse d’un professionnel de la profession pour s’apercevoir que le principal axe de travail des ingénieurs Kawasaki s’est porté sur la refonte visuelle du modèle. Plus question de défrayer la chronique avec des choix décalés comme ce fut le cas par le passé… Non, la Versys se concentre désormais sur les fondamentaux de la marque en reprenant à son compte une signature esthétique qui n’est pas sans rappeler celle de la Z1000SX, le gros roadster caréné de la marque. On trouve dans ce nouveau coup de crayon plus d’agressivité, avec notamment une proue estampillée « 100% pur Kawasaki », armée de lignes anguleuses à souhait et de feux en amande très étirés. Même son de cloche au niveau de l’habillage du radiateur, du garde-boue avant, des rétroviseurs, du silencieux d’échappement : l’ensemble exsude un doux parfum de sport, trait commun à tous les produits de la marque.
Nous n’irons pas jusqu’à dire que cette Versys new look est belle mais il n’y a rien de choquant non plus dans son costume 2015. Et comme le meilleur est encore à venir, on ne va lui faire un procès immédiatement. Attendons plutôt la suite… Et elle ne tarde pas à arriver, la suite. En détaillant la bête, force est de constater qu’il y a du mieux un peu partout au niveau de l’équipement. La protection, qui faisait jusqu’ici cruellement défaut, se trouve considérablement optimisée par l’arrivée d’un pare-brise bien plus haut et réglable manuellement (une molette de côté à dévisser). Si le haut du corps du conducteur est ainsi mieux préservé des intempéries et de la pression de l’air en roulant, il en va de même pour la partie basse grâce aux efforts conjoints de ce large réservoir qui a gagné deux litres de contenance et des non moins proéminentes ouïes de radiateur. Le sabot moteur joue quant à lui un rôle symbolique. Disons qu’il est surtout là pour faire joli car en cas de pluie, vos pieds resteront très exposés… et donc trempés ! Mais la Versys n’est pas une GT et, dans son genre, elle s’en sort plus que bien. Un examen périphérique permet également de constater que la finition s’avère soignée, tant au niveau des traitement de surface que de l’ajustement des plastiques. Bref, c’est propre et sans fausse note.
Le confort pour objectif

La fluette Versys du passé a disparue, au profit d’une version 2015 cossue… et qui fait plus grosse qu’elle ne l’est réellement.
Une fois à bord, ce constat initial se confirme. Une très moelleuse selle juchée à 840 mm du plancher des vaches (mais non réglable, les courts sur pattes n’ont bien se tenir !) accueille votre séant avec tous les égards dus à son rang tandis que vos mimines tombent le plus naturellement du monde sur un guidon large et au cintre parfait. Ajoutez à cela des repose-pieds ni trop hauts (pour le respect de nos vieilles articulations…), ni trop bas (afin de préserver une garde au sol convenable) et vous constaterez que rien ne viendra perturber la vie à bord dans cet univers. Comme tout bon trail qui se respecte, la Kawasaki propose une position de conduite droite, relaxante modérément haute qui invite à tailler la route par tranches de 1000 kilomètres ! Enfin, on l’imagine car pour l’heure, nous devrons nous contenter d’une bien plus brève prise de contact…
Une fois confortablement installé aux commandes de la nouvelle Versys, il est temps d’aller voir si Kawasaki a également travaillé sur le fond. Contact, pression sur la commande du démarreur… le twin parallèle s’anime dans une sonorité qui semble plus feutrée qu’avant. Quelques tours de roues plus loin, on remarque également que les montées en régime ont gagné en efficacité ce qu’elles ont perdu en caractère. D’un point de vue mécanique, les évolutions apportées au bloc Kawasaki restent toutefois assez minces. Les têtes pensantes de la marque ont surtout bosser sur l’électronique, avec le double objectif de lisser la courbe de puissance et de réduire la consommation de carburant. Dans l’affaire, le bloc 2015 gagne aussi 5 chevaux de plus et une petite louche de couple supplémentaire. A l’usage, ce moteur capable de reprendre dès 2000 tr/mn sans réprobation et au profil devenu un peu linéaire, dévoile une orientation plus routière et, une fois encore, confortable avec des accélérations légèrement adoucies. C’est votre futur passager qui va être content ! Chargée de ses valises pleines et d’un deuxième occupant, la Versys 650 pourra toutefois manquer de peps au moment de doubler un attardé sur la route. Qu’à cela ne tienne, il suffit la plupart du temps de rentrer un rapport histoire de tutoyer les 7 000 tr/mn, pour retrouver les origines sportives de ce propulseur dérivé rappelons-le de la pétillante ER-6n.

La fourche inversée Showa possède un setting d’origine plutôt souple. Il est possible de régler la précharge au sommet du tube de gauche et la détente à droite.
Si la mécanique s’avère bien élevée, il en va de même de la partie-cycle. Du freinage progressif sans une once de brutalité (pouvant être accompagné en option d’un ABS un poil intrusif…) aux suspensions d’origine très souples en passant par une sélection douée de précision, tout concourt à vous faciliter la route.
Bon, d’accord, avec une fourche rallongée de 25 mm par rapport à celle de l’ancienne version, une masse un peu plus haut placée et en progression de 8 kilos, la nouvelle Versys s’avère moins incisive que sa devancière. Mais ses limites ne se dévoilent vraiment que dans le cadre d’une conduite très sportive. Les énervés du caoutchouc droit devront donc raffermir les suspensions, en jouant du tournevis à l’avant et de la mollette à l’arrière, pour retrouver la rigueur souhaitée.
Les autres, à savoir la grande majorité des clients visés par ce genre de machine, ne retiendront que l’aisance naturelle de la Kawasaki, sa faculté à avaler les virages sans réclamer le moindre effort, sa stabilité quasi imperturbable, la sérénité de conduite qu’elle impose… et sa maniabilité en ville et sur route, bien nettement supérieure à celle d’un trail XXL !
Couteau suisse…

Agile en ville, la Versys n’est pas ridicule une seconde sur route où sa facilité et son confort font merveille !
Capable de surfer sur les pièges de la ville avec une facilité déconcertante, particulièrement à l’aise sur un parcours tortueux où son agilité fait merveille, la Kawasaki entérine son statut d’outil multifonction en montrant aussi un paquet de points positifs à l’attaque d’une portion autoroutière. Petite par la taille mais décidément grande par le talent, la Versys frise les 190 km/h compteur en vitesse de pointe avec une stabilité à faire pâlir de jalousie un TGV. A cette allure « hors-la-loi », certes, la protection montre ses limites et de petites turbulences viennent faire danser le haut du casque et les épaules du conducteur. On note aussi que les vibrations n’ont pas toutes été annihilées par les nouveaux silent-blocs placés sous les supports moteur. Quelques fourmillements se rappellent à notre bon souvenir, principalement du côté des repose-pieds.
Mais la tenue de route reste, elle, impériale, et c’est le principal, non ? A la faveur d’un dernier arrêt, l’indicateur de la consommation moyenne porte l’estocade finale. Oui car en affichant 4,9 litres/100 km pour un galop d’essai qui n’avait évidemment aucun impératif économique, la Versys a fait montre d’un appétit particulièrement raisonnable. Ceci a encore plus de valeur quand on sait que notre modèle d’essai était livré dans une configuration « full equiped », c’est à dire avec le jeu de valises latérales de 28 litres chacune, le freinage ABS, les poignées chauffantes, l’indicateur de rapport engagé, les feux additionnels, les protège-mains, les protections de cadre et quelques bricoles. Un bien beau bébé donc, qui devait avoisiner les 230 kg en ordre de marche… et flirté dangereusement avec les 9 500 euros !!!
Bilan
Indéniablement, la Versys 650 a gagné ses galons de routière. Voilà enfin un trail de moyenne cylindrée, abordable, avec lequel on se verrait bien voyager ! Confortable, facile, efficace et homogène, cette nouvelle mouture fait bien le boulot et s’acquitte de toutes les missions sans jamais prêter le flanc à la critique. Mais pour profiter de la totalité de ses atouts et jouir de la grande polyvalence dont elle est capable, la Versys devra au préalable passer par la case des options payantes… un petit voyage dans le monde de la finance qui fait sérieusement faire grimper la note.
FICHE EXPRESS
NOTES (dans la catégorie)
| Finition : | 8/10 |
| Équipements : | 7/10 |
| Confort : | 9/10 |
| Protection : | 6/10 |
| Moteur : | 7/10 |
| Partie-cycle : | 8/10 |
| Budget : | 7/10 |
NOTE GLOBALE
7,4/10
| ON AIME : | ON N’AIME PAS : |
| Le confort en très net progrès | L’absence de selle réglable et de béquille centrale |
| La conso inférieure à 5 l/100 km | La note qui grimpe beaucoup avec les principales options |
| L’homogénéité et la facilité de conduite | Les vibrations moteur mieux filtrées mais toujours présentes |
| La finition quasi irréprochable |
Par Patrick Boisvert, photos staff Kawasaki
















Je viens juste d’en faire l’achat et je suis très satisfait