Essai Rieju Cityline 300i
Vrais tapas ou faux antipasti ?
Le constructeur espagnol Rieju ajoute une corde à son arc avec ce maxiscooter Cityline 300i. Un air latin en terre d’Espagne, synonyme de dernière chance dans les plus de 125 cm3 pour la marque ibère.
Comment ? Vous ne connaissez pas Rieju ? Pourtant, la marque n’est pas née d’hier puisqu’elle existe depuis 1934 et produit des deux-roues à moteur depuis 1945, au sortir de la guerre. A partir des années 60, Rieju collabore avec avec l’Italie puisque la marque utilise désormais des moteurs Minarelli, avant de se tourner plus récemment vers Yamaha (via l’Italie, avec l’usine de Belgarda). Un autre partenariat hispano-italien débute dans les années 1990, d’abord pour un scooter puis une petite moto sportive, la RS1. Cette fois-ci, le partenaire s’appelle Malaguti. Pourquoi parle t’on d’Italie et de Malaguti ? Ben, parce que c’est là qu’est né notre sujet du jour pardi !
Vilain canard ?
Là, une lumière s’est éclairée dans la matière grise de certains. Mais bon sang mais c’est bien sûr ! C’est le Madison ! Dans le mille… Le Rieju Cityline emprunte presque tout au Malaguti Madison. Un choix plutôt pertinent pour proposer facilement un maxi-scooter agréable à regarder et suffisamment performant sans débourser des fortunes. Une bonne idée, qui prend toutefois un peu de plomb dans l’aile quand on regarde le Cityline. Certes, la ligne du Madison était assez agréable et sportive, surtout vu de face avec ses entrées d’air (factices) bien dans l’air du temps. Mais la partie arrière, massive, est un témoignage direct du début du siècle (le 21e, pas le 20e). Car le Malaguti est né en 2003 pour finir sa carrière en 2012 après plusieurs repoudrages. Rieju a également procédé à un petit lifting du maxi-scoot italien, mais les lignes générales restent inchangées.
Tristoune dans les deux coloris proposés « de base » (noir ou blanc), il prend toutefois des couleurs lorsque l’on passe par la personnalisation, avec de l’argenté, du bleu, du jaune et ce rouge vif, agrémenté de stickers si on le souhaite. De quoi donner finalement une allure pas vilaine du tout à ce patito feo*. Bon, halte aux préjugés, voyons la bête de près… Et là, le tableau se gâte. Le terme « finition » semble maîtrisé de façon très approximative de l’autre côté des Pyrénées. Plastiques durs et teintés dans la masse, sensibles aux rayures, ajustements douteux, joints qui ne collent pas (pare-brise). Autant de détails qui n’en sont pas quand on entend jouer dans la catégorie des Kymco Dink Street, Kawasaki J300, Honda Forza ou Yamaha X-max. De quoi passer son tour immédiatement au moment de s’asseoir à son guidon, ce qui serait dommage…
* Vilain petit canard espagnol
Old school
Car le Cityline est loin d’être le plus mauvais des élèves. Les commandes vieillotes (avec allumage manuel des phares, détail old school si délicieux…) sont agréables à manipuler, avec un pilotage des informations du tableau de bord depuis l’index droit. Le compteur, justement, affiche complet même si, là encore, on sent les années. Les nombreux cadrans analogiques et la petite fenêtre digitale sont toutefois parfaitement lisibles. La selle est d’un confort appréciable, mais elle dévoile un coffre ridiculement petit. Si le constructeur annonce pouvoir embarquer deux jet, nous avons eu du mal à en caser un en taille M. Quant à un intégral ou, pire, un modulable, ni songez même pas… De plus, l’ouverture de selle par une serrure rapportée côté gauche et non au contacteur comme la plupart de ses concurrents gonfle rapidement.
Cependant, la position de conduite est agréable. Au démarrage, une sonorité urbaine connue monte aux oreilles… Le Malaguti Madison a commencé sa carrière avec les blocs 125, 250 et 400 Yamaha avant de passer chez Piaggio, en 125 et 250. Le fabricant italien continue de fournir le Rieju, cette fois-ci avec le moderne 300 équipant, entre autres, la plupart des MP3 croisés. Un bloc éprouvé et fiable, capable de propulser dignement le lourd scooter espagnol. En ville, sa maniabilité est son point fort. Le rayon de braquage est tout à fait suffisant pour se jouer des pièges urbains et les suspensions assurent leur job, avec toutefois une sécheresse marquée sur certains raccords de bitume. Même avec un passager, bien loti avec deux poignées larges et bien disposées, les suspensions gèrent grosses compressions et transferts de masses sereinement. Dynamique au départ du feu rouge, le Cityline ne demande qu’à s’exprimer.
Atout protection
Le Madison était réputé pour assurer une protection du pilote aux éléments de premier plan, grâce à une conception en soufflerie de sa carrosserie. Le Cityline reprenant grosso modo les formes de son aîné, il conserve donc cet avantage. Nous étions en plein test de la veste ventilée Macna Surge, et pas un souffle d’air ne venait rafraîchir le buste par les fortes chaleurs estivales. De quoi douter de la veste avant d’être rassuré une fois de retour sur un roadster, et prouver ainsi que le Rieju est redoutable dans ce domaine. Cette protection aérodynamique, grâce à un carénage et un pare-brise généreux, se paye cependant au niveau de la vitesse maxi. Notre modèle d’essai (pas rodé non plus), peinait un peu passé 135 km/h, atteignant péniblement 140 km/h. A voir après un rodage consciencieux.
Toutefois, les 24 chevaux du bloc Piaggio permettent d’évoluer sereinement sur route ou voies rapides, bien secondé par un châssis sain à défaut d’être joueur. Le Rieju étant chaussé des très bons pneus Michelin CityGrip, l’adhérence et la maniabilité sont au rendez-vous. Le principal grief fait au Malag’ était une suspension inepte. Rieju semble avoir un peu corrigé le tir. La fourche MCM est efficace, mais les amortisseurs Paioli montrent encore leurs limites quand la chaussée se dégrade. Mieux mais pas parfait donc, et le freinage suit la même tendance. Les étriers AJP disposent d’un mordant appréciable mais manquent un peu de puissance. Sur un engin de 170 kilos, on aurait apprécié la présence d’un double disque à l’avant. Même reproche concernant l’ABS, tout simplement indisponible malgré un tarif plutôt élevé.
Rieju la joue perso
Car le principal écueil, sur un marché aussi concurrentiel que celui du scooter de moyenne cylindrée, c’est le tarif. Rieju s’était cassé les dents et avait laissé de grosses plumes financières en lançant des Enduro 450 il y a quelques années, trop chers pour affronter une concurrence plus réputée et performante dans le milieu de la compétition. Là encore, le Cityline 300i n’est pas donné. Plus cher que ses concurrents coréens ou taïwanais, il est situé juste en dessous de rivaux japonais plus modernes et plus performants. Un tarif certes placé pour un scooter européen, mais qui est difficile à justifier quand on sait que la base de conception est ancienne et que la finition ne suit pas. Dommage… Rieju table sur la personnalisation pour permettre au Cityline de se démarquer.
C’est une bonne idée, d’autant que les coûts des options sont très bas, voire nuls. Les coloris additionnels sont disponibles sans surcoût et l’on peut choisir la teinte des prises d’air, des poignées passager et du tunnel central sans rajouter un centime. La selle est disponible en trois teintes et matières (là encore, rien à ajouter) et le lit stickers posé sur notre exemplaire coûte 60 €. L’antivol de direction intégré coûte, lui, 150 € et est d’une utilité douteuse, sachant que le Cityline dispose déjà d’un verrouillage de direction. De plus, le bloc Piaggio s’avère plutôt frugal, avec 4,1 litres aux cent kilomètres sur notre modèle en début de rodage. Enfin, sachez que le réseau Rieju est assez conséquent, sans atteindre la densité des marques japonaises par exemple, et bien réparti en France, toutes les régions étant couvertes.
BILAN
Ce Rieju Cityline 300i est un bon scooter. Hélas, c’est un bon scooter vieux de quelques années déjà. Si les qualités naturelles du Malag’ et quelques artifices permettent au Rieju de rester satisfaisant, il lui manque toutefois ce soupçon de modernité pour aller chatouiller les cadors du segment. Il demeure toutefois une référence en termes de protection du pilote aux éléments, digne des meilleures GT, et dispose d’une mécanique performante et éprouvée, le tout pour un tarif dans la moyenne.
FICHE EXPRESS
NOTES (dans la catégorie)
| Finition : | 4/10 |
| Équipements : | 6/10 |
| Confort : | 7/10 |
| Protection : | 9/10 |
| Moteur : | 8/10 |
| Partie-cycle : | 6/10 |
| Budget : | 7/10 |
NOTE GLOBALE
6,7/10
| ON AIME : | ON N’AIME PAS : |
| La protection du conducteur | La finition déplorable par endroits |
| Le moteur Piaggio efficace | Les suspensions arrières sèches |
| Le châssis satisfaisant | Le coffre, petit et pas logeable |
Par Simon Palatchi, photos BL



















