Essai Victory Cross Country Tour
Le vaisseau admirable
La Victory Cross Country Tour fait partie de ces machines qui marquent la rétine. Des lignes tranchées qui ne laissent pas indifférent, capables de moderniser un style sans sempiternellement singer les rivales de Milwaukee.
« Papa, papa, le monsieur il a la moto de Batman ! ». Non, mais ça pourrait… Dans sa livrée noire, la Cross Country Tour pourrait effectivement être la monture du « Chevalier Noir ». Ou de Dark Vador, au choix… Toute en angles, sa ligne ne copie pas les rondeurs d’une Harley Electra Glide, sa grande rivale américaine. C’est d’ailleurs cet esprit qui a primé lors de la création du vaisseau. Polaris, maison-mère de Victory, a mis tout son savoir-faire dans la création d’une marque américaine concurrente d’Harley-Davidson qui ne copie pas la marque centenaire et préfère apporter sa touche personnelle. Si le moteur est un classique bicylindre en V, il est en revanche à quatre soupapes par cylindre et doté d’une architecture plus japonaise qu’américaine avec des arbres à cames en tête. Pas de culbuteurs à l’horizon ! Idem pour le cadre, dont la poutre centrale en aluminium possède une rigidité inconnue des classiques double berceaux équipant ce genre de motos. Le résultat est pour le moins… spectaculaire, à la vue comme à la conduite.
Bienvenue à Las Vegas !

La capacité de chargement énorme transforme la Cross Country de base en cargo dans cette version Tour. Photo : Simon Palatchi
Rétro-éclairage bleuté du tableau de bord, feux et clignotants stylisés à LED, radio MP3 : le Nevada n’est plus si loin ! Le tour du propriétaire passe immanquablement par la capacité d’emport phénoménale de la Cross Country Tour. Avec 155 l de capacité, c’est tout simplement la moto qui permet de partir en virée avec le plus de matos ! Les gargantuesques valises possèdent une ouverture assez étroite et ne peuvent contenir de casque, mais se révèlent finalement pratiques à l’usage. Le top-case, lui, engloutira sans problème deux casques. Et si cela ne suffit pas, deux petits coffres dans les pare-jambes accepteront vos menus objets. La finition est de bon aloi, mais plusieurs points font tâche dans ce tableau haut de gamme. Fils électriques baladeurs derrière le moteur, connectiques peu soignées des commodos, peinture peu épaisse et qui se marque très vite… Au tarif où est proposée cette Victory, et au vu des ambitions de la marque, un peu plus de soin dans la finition aurait été bienvenu. De nuit, l’éclairage est tout à fait satisfaisant, et le tableau de bord bleu est splendide, mais trop rétro-éclairé. A la longue, ça finit par perturber les yeux. L’équipement de la Victory est plutôt fourni : selles et poignées chauffantes, radio MP3, régulateur de vitesse, trois prises 12 V. Pas de suspensions électroniques ou d’antipatinage à l’horizon, mais ce n’est pas la philosophie de la bête. Son truc à elle, c’est plutôt un cruising dynamique, musique dans les tympans.
Midnight Express
Le 106 Freedom de notre moto d’essai distille une sonorité très américaine, proche des V8 des muscle-cars. Mais pour obtenir cette flatteuse sonorité, il faut se retrouver dans l’illégalité et opter pour le kit Stage 1, non homologué puisque supprimant les catalyseurs. Avec ce kit, le twin balance ses vibrations avec force et éructe sa joie de vivre tandis que le compte-tours grimpe. Quel punch ! Malgré l’embonpoint de la Cross Country Tour (plus de 400 kg tous pleins faits tout de même), les départs canon sont possible avec une poussée franche, renforcée par la sonorité rauque des échappements.
Le châssis et les freins secondant sans problème la cavalerie, le cruising peut vite se transformer en petite arsouille. Bien que leur attaque soit un peu molle, les freins sont puissants et à même de stopper le vaisseau. Le châssis, lui, encaisse sans broncher quel que soit l’état de la route. Tout au plus peut-on relever des petits soubresauts lorsque la chaussée devient vraiment dégradée. L’ensemble est à mille lieues de ce que ces customs routiers proposent d’habitude, offrant rigidité et précision. Seule la garde au sol freinera les élans du pilote, comme sur tout custom qui se respecte. Il faut également garder à l’esprit que 400 kg ont une certaine énergie cinétique et ne se stoppent pas d’un claquement de doigts ! Sur autoroute, aucun louvoiement ne se fait ressentir, même à des vitesses pénalement répréhensibles. En revanche, le moteur montre clairement que les hauts régimes ne sont pas sa tasse de thé. Pas qu’il rechigne à y monter, non, mais les petites vibrations deviennent alors franchement désagréables. Le sixième rapport faisant office d’overdrive n’y change rien, la Cross Country n’est pas un TGV. Le quart d’heure (américain) d’excitation retombé, on peut alors s’enfoncer dans la selle et se laisser bercer par la radio en enroulant sagement. De quoi goûter à la protection offerte par le « nez de cochon » au pare-brise fixe et les pare-jambes. Trappes de ventilations fermées (voir photos), il n’y a pas de remous d’air, ce qui tombe bien vu l’hiver qui se prolonge. Même la pression parfois ressentie dans le dos est absente. De quoi aligner les kilomètres dans un confort de limousine. C’est par où la Route 66 ?
BILAN
Une révolution dans le microcosme des routières sauce custom cette Victory ! Moderne, efficace, la Cross Country Tour fait partie de ces motos au caractère attachant qui font vibrer en nous comme des appels d’évasion. Malgré une finition parfois quelque peu désinvolte, elle satisfera sans souci ceux qui recherchent une moto stylée qui (r)assure aussi sur la route.
FICHE EXPRESS
NOTES (dans la catégorie)
| Finition : | 6/10 |
| Équipements : | 9/10 |
| Confort : | 9/10 |
| Protection : | 8/10 |
| Moteur : | 7/10 |
| Partie-cycle : | 9/10 |
| Budget : | 7/10 |
NOTE GLOBALE
7,8/10
| ON AIME : | ON N’AIME PAS : |
| Le châssis impérial d’agilité et d’efficacité | Moteur peu expansif sans le Stage 1 |
| Le confort et la protection | Des détails de finition inacceptables à ce tarif |
| La capacité d’emport digne d’une voiture ! | Des « good vibes » certes, des fourmillements dans les repose-pieds aussi |
| Le style qui ne copie pas les Harley |
Par Simon Palatchi, texte et photos

















Rectification : contrairement à ce qui était écrit dans ces lignes auparavant, Polaris n’est absolument pas une entreprise canadienne mais américaine, du Minnesota pour être très précis. L’auteur de ces lignes a confondu avec Bombardier, autre entreprise touche-à-tout qui, elle, est canadienne. Il est désormais condamné à consommer du sirop d’érable avec ses frites (au lieu du ketchup) pour bien assimiler la différence entre Canada et États-Unis. L’erreur de géolocalisation est corrigée…
La rédaction.
Bonjour, petites remarques: La suspension ar est pneumatique et très précise en fonction du poids embarqué donnant un confort , une tenue de route et une garde au sol inconnus sur ce genre de moto qd elle est réglée conformément au tableau du manuel d’utilisation. Consommation réelle perso sur plus de 50 000 km: 5, 8 litres, sans se trainer .
Je vais peut -etre faire appel à vos vieux souvenir mais dans cet essai, la moto est en stage 1 avec les pots d’origine ? je suis propriétaire d’une victory CCT depuis fin 2016 ( desormais collector), le bruit d’échappement de série est peu flatteur., la conso reste supérieure à 7.5 l au bout de 3000km.
Merci d’avance.
@ Alain Deloutre : Souvenirs, souvenirs ! Oui, c’est désormais collector… Si nos souvenirs sont bons, les parements chromés ne sont qu’un tube autour du silencieux et c’est sur ce dernier que portait le travail en Stage 1. L’aspect extérieur restait le même, mais l’intérieur était modifié. D’ailleurs, les catalyseurs en faisaient les frais, et ce kit Stage 1 n’était pas homologué (nous le signalons dans l’article) ! Le bruit était magnifié, sans pour autant être dévastateur pour les innocentes oreilles des passants. De série, c’était fort sobre effectivement… L’autre Victory essayée dans nos articles, une Cross Country Ness, optait pour des silencieux optionnels complets. Et était parvenue à descendre à près de 6 litres. Mais elle est plus légère. Avec la Cross Country Tour nous étions bien à 7 litres en moyenne.
Simon Palatchi