Essai Honda CB 650 F SP
SPort en stock
Vous l’aimez bien, mais la CB 650 F vous semble trop fade ? Honda France lance en ce début d’été 2015 la version accessoirisée de son roadster. Dénommée SP et proposée en série limitée à 500 exemplaires, elle est l’occasion de redécouvrir une excellente moto au caractère affirmé.
Jugée à tort moins sexy qu’une Hornet 600, du fait de sa conception en apparence plus simple, la CB 650 F est pourtant une moto des plus intéressante. Face à la « légende », le simple fait que son moteur 4 cylindres n’affiche « que » 87 chevaux à 11 000 tr/min, ne joue vraisemblablement pas en sa faveur. Tout comme sa fourche conventionnelle, non réglable et non inversée, se montre peu encline à flatter l’ego, fut-il visuel. Pour autant, ceux qui connaissent bien la Hornet 900 – laquelle avait elle aussi une fourche conventionnelle – , ceux qui ont expérimenté la capacité du constructeur à proposer des cadres et parties-cycle de hautes performances et un amortissement de qualité le savent : on ne juge pas une Honda à son emballage. Tout comme on ne juge pas une moto à sa seule puissance, nous allons le voir…
Une série limitée sur-équipée

La ligne Termignoni est l’atout majeur de cette série SP, malgré une gamelle moins camouflée que sur le modèle de série.
Certes, la CB 650 F est une moto voulue rationnelle et abordable financièrement, mais cela n’empêche pas l’importateur Français de rendre la version ABS très sexy en piochant dans le catalogue des accessoires. Dotée d’un pack d’habillage plus sportif incluant un capot de selle, un sabot moteur, une courte bulle fumée, un garde boue avant et arrière à la finition carbone (mais en plastique, ndlr), une protection de réservoir, la pièce maîtresse de cet ensemble est surtout une ligne complète d’échappement signée Termignoni développée spécifiquement pour l’occasion. Non contente de changer son look, la CB 650 F SP devient un véritable petit roadster sportif, affirmant même son identité moteur. Et quoi de plus pertinent que les routes de la Côte d’Azur, entre Aix-en-Provence et Nice, pour le vérifier ? Mieux encore : quelques sessions sur le mythique circuit du Castellet dans la foulée !
C’est en tout cas le programme que nous avait concocté Honda pour nous présenter la CB 650 F SP, ainsi que la version 40e anniversaire de la F6B. Pour ce faire, notre guide « touristique » n’était autre que Sébastien Gimbert, pilote officiel Honda, team manager, multiple vainqueur des 24h du Mans… et bien plus… Ses Dunlop D222 Sportmax tout juste rodés et équipée de son kit SP, la CB650 F me donne quelques kilomètres d’agglomération avant d’attaquer les petites routes de l’arrière pays. Si la position de conduite est évidente et des plus agréable, si la simplicité de prise en mains est là, j’apprécie surtout son équilibre et sa facilité de guidage. Reste une remarque récurrente tout au long de cet essai : lorsqu’on l’a emmené dans les tours, le moteur continue de pousser à bas régimes en dessous de 2 500 tr/min, même lorsque l’on a rendu les gaz. Une manière de dire qu’il en veut encore ? Au moins la ligne Termignoni atténue-t-elle les petits hoquets d’embrayage que l’on peut entendre – sans les ressentir – lorsque l’on cherche le point de patinage. Un bénéfice parmi bien d’autres de cet équipement facturé 952 € lorsque pris hors pack.
A l’aise balaise

La plastique est fantastique ? Avec un sabot, un saute-vent et ce beau capot de selle, la CB 650 F SP se veut plus cossue.
Entre cols et gorges, suivre Sébastien Gimbert sur ses terres alors qu’il prend tout juste en mains une VFR 800 avec valises et top case XXL, pourrait déjà ne pas être une mince affaire. Mais la CB650 F SP s’en sort avec les honneurs. Malgré son faible kilométrage, sa grande homogénéité et son comportement hautement rassurant incitent à suivre, et même à hausser le rythme. Précise, sécurisante, séduisante, elle donne le meilleur de ce que peut offrir sa sobriété apparente. En exploitant la seconde partie du compte tours, en enchaînant les virages, on se rend à l’évidence : la CB 650 F – SP ou non – est une excellente moto, bien née et à même d’offrir tout ce que l’on peut attendre d’un roadster actuel. « Tuuuuut »… Non, non Sébastien, je ne klaxonne pas parce que ça bouchonne devant, c’est juste le clignotant et l’avertisseur sonore dont la position est inversée par rapport à l’habitude… Un nouveau standard Honda qui peut donner quelques situations cocasses ! Au temps pour moi…
Le quatre-cylindres en ligne met immédiatement ses 649 cm³ et surtout près de 6,5 mkg de couple – à 8 000 tr/min – au service d’une souplesse à toute épreuve. Même sur le sixième rapport ! C’est dire si cette moyenne cylindrée est en forme. En agglomération, à 50 km/h et moins, on relance aisément, pouvant ensuite grimper jusqu’à plus de 180 km/h. Une vitesse que j’atteindrais un peu plus tard sur circuit, évidemment. Ahhhh, le circuit. Celui du Castellet, ici dans sa version courte et pendant la journée du Honda Days. Organisée par le constructeur pour tous les motards de tous horizons et de toutes marques… Rapide, ultra rapide, avec ses courbes de folie et son rythme infernal, le Paul Ricard était une découverte pour la CB 650 F SP comme pour moi.
Performance discrète

La partie-cycle ultra-équilibrée de la CB 650 F permet de rouler sereinement, mais rapidement au besoin ou à l’envi.
Évidemment un roadster aussi polyvalent, et somme toute confortable pour les jambes, que la CB ne peut prétendre à la même garde au sol que les cadors de la catégorie sportive. Pour autant, en gardant la pression routière des pneus (2,5 à l’avant et 2,9 à l’arrière), la moto est rigoureuse tandis que les suspensions, fermes sans être sèches – un « détail » important –, encaissent sans broncher les freinages, les courbes négociées à fond, tout comme ou encore les successions de bosses sur route. Reste à gérer l’angle pris… avec discernement. À droite, le pot peut frotter si l’on enroule suffisamment et que l’on décide d’aller au bout du pneu de 180 à l’arrière… tout en ignorant les avertissements des limiteurs d’angle des repose pieds caoutchoutés. Mention spéciale à ces derniers, qui tiennent bon la semelle en place dans l’exercice du déhanché. La Honda se montre vraiment à l’aise dans cet exercice.
Ne manque qu’un indicateur de rapport engagé sur l’instrumentation digitale, et ce serait le bonheur. Au final, sur piste comme sur route, la CB 650 F SP se montre précise et agréable, tandis que cette utilisation extrême laisse ressortir deux points que l’on retrouve également sur route. D’une part, le moteur marque une petite pause de couple et de puissance aux alentours de 5 000 tours/min (la norme anti-pollution est passée par là), avant de monter gaillardement jusqu’aux alentours de 10 000 tr/min et d’approcher de la rupture. S’il n’a rien d’un arracheur de bras, je suis resté sensible à son caractère à la fois docile et pourtant marqué par trois changements de sonorité du superbe échappement. Le frein moteur restreint, la possibilité de cravacher les chevaux sans crainte…
À mesure que l’on franchit des caps de 3 000 tr/min, le son devient de plus en plus sportif, tout comme les sensations et surtout les vibrations ! Au point de résonner amplement dans les Gorges du Verdon, où nous avons également mis les roues. C’est simple : on dirait une sportive. Pour autant, rien d’assourdissant si l’on est sur la belle. De quoi conduire la moto à l’oreille, par contre. A ce sujet, n’oubliez pas que la CB 650 existe également en version CBR 650 F, carénée et toute aussi plaisante. Vous la retrouvez d’ailleurs dans notre essai vérité (lire l’essai). Cette dernière peut également bénéficier de la ligne Termignoni et du capot de selle, lequel m’a particulièrement plu pour le maintient qu’il apporte lorsqu’il cale les fesses en fond de poste conducteur. Non seulement il est beau, mais en plus, il est pratique !
SP, ABS et sobriété
D’autre part (oui, j’avais bien dit deux points), le freinage se montre suffisant dans la plupart des circonstances, et donc au quotidien. Avec les deux disques avant directement greffés dans la jante et un ABS pas trop tatillon, on profite de chaque sollicitation du levier droit. Réglable en écartement pour jouer sur l’attaque comme sur la puissance, ce dernier permet de beaux freinages, à même de délester l’arrière avant que l’antiblocage n’intervienne, laissant très tardivement « couler » la moto. Voici un dispositif simple, efficace, dont on ressent l’intérêt y compris en utilisation sportive. Attention toutefois aux excès de zèle : il va falloir anticiper sur les gros freinages et sur les petites routes pour ne pas déborder en cas de déclenchement : ça pioche un chouilla, même si c’est excellent !
Allez, encore quelques pointes de vitesse, afin de profiter au maxiumum du fait d’être sur circuit (et quel circuit !). La protection offerte par le saute vent est surprenante dans sa capacité à atténuer les flux d’air et à épargner la tête. Seul le haut des épaules de mon 1,80m est exposé. Pour autant, je le vérifierais sur autoroute, tenir le 130 km/h est tout à fait envisageable, d’autant plus que les jambes ne subissent aucune pression d’air : merci les écopes de radiateur ! Par contre, il faudra composer avec le sémillant moteur et surtout les vibrations apparues à cette vitesse et incitant à hausser le rythme. Hé oui, même s’il a la santé, c’est bien un 650…
Après avoir copieusement et pleinement exploité la CB 650 F SP sur piste, fait glisser les D222 plein angle et plein gaz, consommé dans les 6,2 L/100 km en étant toujours « à fond, à fond, à fond » (!), la route offre un ruban extraordinairement varié fait de gauche/droite plus ou moins serrés, plus ou moins défoncés… Le plaisir est là à chaque instant. La consommation, annoncée à 4,7 l/100 km est ici montée à 5,2, guère plus. Compte tenu de l’allure enlevée et du dénivelé, voici qui est bien raisonnable.
Éloge de la simplicité
Certes, quelques détails d’ajustement au niveau des écopes ou des commodos rappellent que la CB 650 F est aussi, malgré ses grandes qualités, une moto économique. Elle l’est à l’achat, mais aussi à rouler grâce à sa relative sobriété en matière de carburant. Cette version SP ne fait pas exception. Si le coût théorique des pièces, hors montage est de 1 687 €, Honda offre un avantage client de 1 087 € pour n’augmenter le prix de la version ABS que de 600 € et le porter à 7 499 € pour une monochrome.
La SP tricolore sera facturée 200 € supplémentaires. Car, comme de coutume, la couleur coûte cher de nos jours. 7 499 €, ce sont toujours 1 000 € tout rond et deux cylindres de plus qu’une Yamaha MT07 (lire l’essai), laquelle truste la catégorie de par ses nombreuses qualités, mais est moins bien équipée que la SP…
Même si la concurrence est des plus rude, la CB 650 F SP dispose de très sérieux arguments, et reste une excellente bonne affaire compte tenu des bienfaits de l’équipement et de son énorme potentiel. Mieux encore, avec cette série limitée, elle se fait un nom.
BILAN
Plus performante qu’il n’y paraît, la CB650 F, SP ou non, est une moto des plus intéressantes. Améliorée et rendue plus attrayante par cette série limitée, elle met en avant sa grande efficacité et son caractère bienveillant. A la sobriété de sa fourche, la CB 650 F oppose une partie cycle impeccable d’équilibre et de légèreté, tout juste limitée par ses pneumatiques et sa garde au sol si l’on entend l’emmener sur piste. Conçue pour pouvoir également proposer une version A2, la CB650 F ne s’adresse pas seulement aux débutant(e)s : elle comble les amateurs – même sportifs – de roadster simple.
FICHE EXPRESS
NOTES (dans la catégorie)
| Finition : | 8/10 |
| Équipements : | 9/10 |
| Confort : | 7/10 |
| Protection : | 7/10 |
| Moteur : | 8/10 |
| Partie-cycle : | 9/10 |
| Budget : | 7/10 |
NOTE GLOBALE
7,9/10
| ON AIME : | ON N’AIME PAS : |
| Le moteur « amplifié » par la ligne d’échappement | L’absence d’indicateur de rapport engagé |
| L’équipement complet de cette version SP | Quelques détails de finition |
| La partie cycle équilibrée | Les vibrations pour les plus sensibles |
| L’ABS de série |
Remerciements :
Sébastien Gimbert n’est pas seulement un excellent ouvreur, un champion, un pilote, un acteur important de la moto, c’est aussi un homme sympa et abordable (ça sonne comme adorable, ce qui n’est pas un hasard dans le cas présent), qui a son fan club officiel à Bagnols-en-Forêt (Var). Le fief ? Le Commerce, bar motard à l’ambiance géniale de la place principale du village. Un lieu où officie Charlène Maquin, pilote engagée au guidon d’une CB 650 F SP pour la saison de Dark Dog Rallye Moto Tour 2015. Une fine équipe. Dernier point, on se régale à la table du Commerce… Et on se régale pour y aller, les petites routes étant tout simplement extraordinaires en cette saison. N’hésitez pas et, une fois encore, merci Sébastien.
Par Benoît Lafontaine, photos David Reygondeau et B.L.



















